vendredi 25 septembre 2015

Le jour où il a tué mon grand-père

J'ai longuement hésité à écrire ce billet sur la mort tragique de mon grand-père maternel, Fernand BOUCHET, puisque cet événement est relativement récent et implique donc émotionnellement des personnes de mon entourage (mère, tantes et oncles).

J'ai tout de même décidé de l'écrire et je vous livre ici le récit de la triste fin de mon grand-père ...


Nous sommes un dimanche après-midi de décembre 1970, le 6.
Fernand, 58 ans, est veuf depuis le décès précoce de son épouse, Louise POUVREAU, survenu 7 ans plus tôt suite à un accident vasculaire cérébral alors qu'elle n'avait que 47 ans. Ses enfants sont grands et le dernier ne vit plus à la maison depuis peu. Fernand vit donc seul dans sa maison située dans le petit village de Villeneuve sur la commune de Mazeray en Charente-Maritime.

Comme souvent le dimanche, Fernand est allé passer l'après-midi dans un bar à quelques kilomètres de chez lui en ville, à Saint Jean d'Angély, pour jouer aux cartes avec des camarades.
Fernand n'ayant pas de permis, il se déplace en cyclomoteur, une Motobécane bleue AU85.


Il est maintenant 20 heures passées, Fernand décide de rentrer chez lui et prend la route sur son cyclomoteur. Vers 20h45, Fernand circule sur la route départementale 18 (aujourd'hui dite Route de Marennes), au niveau du lieu dit le Puits de Poursay sur la commune de Mazeray, lorsqu'il se fait heurter violemment de face par une voiture, une Ford Capri.


Le chauffeur de la voiture prend la fuite, laissant Fernand sur la route sans se soucier de son état. Ce dernier, ayant perdu connaissance, se trouve coincé avec la poignée de frein dans la cuisse qui lui a sectionné l'artère fémorale, Fernand se vide alors de son sang et meurt rapidement ... 

Lorsque Fernand est retrouvé, il est déjà trop tard. Les gendarmes et les pompiers arrivent, il est reconnu par l'un d'eux, père d'une belle fille de Fernand. Sa famille est donc vite prévenue de cette triste et funeste histoire. 
Le lendemain, un de ses enfants, ma mère alors âgée de 26 ans, va reconnaître le corps meurtri de son père au dépositoire de l'hôpital.

Le chauffard, après son délit de fuite et pour dissimuler son méfait, va simuler le lendemain de l'accident un choc avec un arbre à la limite du département voisin, la Gironde. Mais, avec l'enquête, il est vite identifié (je garde ici son anonymat) et retrouvé dès le mardi 8. Il s'agit d'un homme de 34 ans qui venait à son travail aux P.T.T. de ladite ville de Saint Jean d'Angély et connu comme un alcoolique notoire ...

Fernand est inhumé auprès de Louise le mercredi 9 dans le cimetière de Mazeray.

Le chauffard sera jugé pour homicide involontaire et délit de fuite par le tribunal correctionnel de Saintes le 20 octobre 1971. Il fera appel et sera rejugé devant la cour d'appel de Poitiers le 10 février 1972. Sa condamnation finale ne sera que de : 
1000 francs d'amende, 
3 ans de retrait de permis, 
3000 francs par enfant pour les dommages et intérêts plus 2000 francs de dommages matériels, 
Et enfin, 3 mois de prison dont uniquement 8 jours fermes !!

6 commentaires:

  1. Une fin tragique ... Le genre de drame qui traumatise une famille, et effectivement pas facile de prendre la décision de publier cette histoire sur un blog.
    Amitiés
    Nathalie

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  2. La douleur face à la lâcheté d'un chauffard ! Un vrai drame qui n'a pas dû être facile à écrire, ce qui rend le récit encore plus émouvant !

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  3. la justice n'est pas si juste qu'elle devrait l'être.
    j'aurais été sans pitié pour ce chauffard.

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  4. Courageux à toi de l'avoir fait, en hommage à notre grand-père.Merci Frédéric.

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  5. Il fallait écrire pour que cette histoire ne soit pas oubliée par le famille dans les années à venir. On ne sait jamais jusqu'où descendra notre descendance.

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  6. Si je comprends l'hésitation... je pense que c'est une bonne chose que d'avoir mis par écrit ce destin qui est sans doute, principalement, un hommage à votre grand-père... vos descendants, petits-neveux, petits-cousins... doivent pouvoir savoir...

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