mardi 7 juin 2022

Enfants naturels dans la descendance de Jeanne

Pour le #généathème de juin 2022, Généatech nous propose d'écrire sur les enfants nés hors mariage ou autrement dit les enfants naturels.


Depuis des années, j'avais remarqué dans une branche de ma généalogie, dans la famille DUPONT(D), une répétition de naissances d'enfants naturels génération après génération. Dans cette famille, la situation précitée commence avec Jeanne GROUSSET, ma sosa 81 à la 7ème génération.

Tous les lieux cités se situent en Vendée.

Génération 1

Jeanne GROUSSET, née le 22 mai 1773 sur la paroisse de Challans, de Alexis (ca 1723-1793) laboureur et de Jeanne BOUHIER (ca 1737-1789).

Jeanne est la 8ème enfant du couple sur 10, Alexis ayant eu d'un premier mariage une petite fille décédée en bas âge. Des enfants d'Alexis et Jeanne, Jeanne sera la seule fille a atteindre l'âge adulte, ainsi que quatre de ses frères mais dont seulement deux convoleront en justes noces.

Lors du "dénombrement de population de plus de 12 ans" de l'an IV de la République, on retrouve Jeanne alors dite âgée de 26 ans en la métairie de la Barre Ferrée sur la commune de Commequiers. Dans ce dénombrement, une information indique qu'elle vit sur la commune depuis 6 ans. Ce document liste la population par ordre alphabétique. Il n'est pas daté, il parait donc anachronique avec ce qui suit, ou les informations (lieu de vie et état matrimonial) sur Jeanne sont erronées...

C'est dans cette même commune que Jeanne donne naissance à un enfant né hors mariage le 31 mai 1795 (soit le 12 prairial an III) et retrouvé sur le registre des baptêmes clandestins célébrés par le prêtre réfractaire TENEBRE seulement le 5 août suivant. Ce délai peut s'expliquer par les troubles dans le secteur en cette période (guerre de Vendée). 

L'acte de baptême rédigé d'un premier jet comme un acte de baptême d'un enfant légitime et ensuite corrigé et modifié dans le sens d'une naissance d'un enfant né de père inconnu !


Je suppose donc que ce petit Pierre est né fin mai 1795 hors mariage, mais que ses parents, André DUPONT (ca 1773-1837) et Jeanne, se sont unis avant le baptême début août. Cette interprétation est d'autant plus plausible que la métairie du "Boisvio" (Boisviaud) est exploitée par la famille DUPONT à cette époque et que, de plus, la métairie de la Barre ferrée n'est distante que de quelques centaines de mètres du Boisviaud.

En avez-vous la même interprétation ?

Le registre clandestin, qui ne couvre que la période du 4 mai au 10 août, contient quelques mariages mais pas celui du couple DUPONT-GROUSSET.

Par la suite le couple aura sept autres enfants dont deux filles que nous retrouverons dans le paragraphe suivant. 

Pierre quant à lui aura une vie relativement courte puisqu'il décède peu avant ses 18 ans alors qu'il était domestique. Il meurt chez ses parents dans le petit village de la Charreau de Commequiers le 19 février 1813.

Génération 2

Marie, première fille et second enfant du couple DUPONT-GROUSSET, est née le 13 octobre 1797 (22 vendémiaire an VI) en la métairie du Boisviaud de Commequiers.

Lors du recensement de la population de 1816, disponible pour la commune de Commequiers, Marie, âgée de 18 ans, ne vit plus avec ses parents et je ne la retrouve pas sur la commune. Elle doit être domestique sur une autre commune puisque je retrouve à Commequiers ses frère et sœur cadets déjà placés (âgés de 13 et 12 ans).

Marie, devenue journalière et âgée de plus de 30 ans, n'est toujours pas mariée lorsqu'elle tombe enceinte à la fin du printemps 1828.

Elle met au monde un petit garçon le 24 février 1829, chez ses parents au Creux Rouge à Commequiers. Ce même jour, c'est le grand père André DUPONT, journalier, qui va déclarer la naissance à la mairie.


Dès lors, Marie et son fils vont vivre quelques années chez les parents DUPONT. En effet, on les retrouve lors du recensement de population de 1831 au Creux Rouge. Marie y est d'ailleurs prénommée Jeanne !


Marie reste célibataire, et continue de vivre chez ses parents avec son fils. Après la disparition de sa mère en 1841, veuve depuis 1837, elle vit seule comme journalière alors que son fils est placé comme domestique.

Quelques années plus tard, François revient vivre avec sa mère dans le village de la Charreau de Commequiers.

En vieillissant, Marie indigente est "secourue par la charité". François quant à lui se marie en novembre 1862 avec une jeune fille de 20 ans, Rose BOURON (1842-1900). Il est alors journalier à la Charreau.

Marie s'installe avec le jeune couple au grand Village de Commequiers et y meurt quelques années après, le 12 octobre 1867, la veille de ses 70 ans. Son fils François va déclarer cette disparition à la mairie le lendemain et il donne à sa mère l'âge de 78 ans !

François, après avoir eu de nombreux enfants jusqu'en 1882, meurt quelques années plus tard le 25 avril 1891 à 62 ans dans sa maison du Point du Jour de Commequiers. 


Revenons quelques décennies plus tôt avec la jeune sœur de Marie, Rose Charlotte.

Rose Charlotte, est née le 19 octobre 1802 (27 vendémiaire an XI), toujours à Commequiers. Elle est la quatrième enfant et seconde fille du couple DUPONT-GROUSSET.

Lors du recensement de la population de 1816, cité plus haut, Rose alors prénommée Marie, âgée de 13 ans, est domestique à l'Hermitage de Commequiers chez Jean PRAUD.

Quelques années plus tard, en 1822, Rose tombe enceinte à l'approche de ses 20 ans. Elle met au monde une petite fille, Joséphine, le 11 mars 1823. Cette naissance a lieu chez ses grand parents DUPONT à la Charreau, proche du grand Village. C'est André, le grand père, qui déclare la naissance le jour même.


Rose et sa fille restent vivre dans le foyer DUPONT-GROUSSET. On les retrouve lors du recensement de 1831 (voir plus haut) et 1836. 



En 1839, en quelques jours, Joséphine puis sa mère vont perdre la vie. Tout d'abord, le 31 mars, Joséphine, alors domestique chez Jean BOURMAUD des Plantes, s'éteint chez sa grand mère au Creux Rouge, là où elle a vu le jour tout juste 16 ans plus tôt. Et puis, le 17 avril, Rose Charlotte meurt à son tour au Creux Jaune (!), elle y vivait avec sa mère et y était journalière. Rose avait 36 ans. C'est son frère André (1806-1855) qui déclare son décès le lendemain.

C'est d'ailleurs avec les filles d'André, mon aïeul, que nous allons continuer.

Génération 3

André, le frère cadet de Marie et Rose Charlotte, est né le 18 décembre 1806 à la Charreau. Il est le 6ème enfant et quatrième fils du couple DUPONT-GROUSSET.

Il est placé comme domestique aux alentours de ses 10-12 ans comme c'était la coutume dans les familles pauvres à l'époque. En 1828, il est domestique sur la commune voisine de Commequiers, Notre-Dame de Riez. Dans les années 1830, il entre aux services de Jean MILCENT dans la métairie de St Ambroise. C'est là qu'il rencontre sa future épouse, Marie-Louise MILCENT (1818-1876), la nièce de son patron, orpheline de père depuis son enfance (1823) et aussi domestique.

André et Marie-Louise s'unissent en juin 1838. Ils auront 8 enfants entre 1839 et 1854.

Rose Adelle, est la troisième enfant et seconde fille du couple DUPOND-MILCENT. Elle est née le 23 septembre 1843 dans le village de la Bloire de Notre-Dame de Riez.

Domestique dès la fin de son enfance, en 1856, elle y est dans le village des Boucheries chez Charles BOURMAUD, puis en 1866, elle y est au Clouzis chez François BERTHOME, le frère de son beau-frère.

C'est cette année-là que Rose tombe enceinte. Au début de l'année suivante, le 17 février 1867, une petite Rose Eulalie voit le jour dans le village de Port Neuf. Le lendemain, c'est Alexandre DUPOND (1841-1912), le frère aîné de Rose, chez qui elle vit et a fini sa grossesse, qui déclare la naissance.


Par la suite, Rose et sa fille, prénommée usuellement Marie-Rose, s'installent dans la maison de sa mère près du Moulin Rouge. En effet, cette dernière était louée depuis le remariage de Marie-Louise MILCENT en 1862, mais vient d'être libérée depuis peu en 1867.

C'est là que, alors qu'elle n'a que 26 ans, Rose s'éteint le 27 juin 1870. Sa mère était devenu veuve depuis le 11 !

La petite Marie-Rose, qui n'a que 3 ans, est pris en charge par sa grand mère, revenu dans sa maison après son veuvage, et sa jeune tante Hortense (1854-1877). Marie-Rose est "secouru par la Charité".


Après le décès de sa grand mère à l'été 1876, Marie-Rose s'installe dans le foyer de sa tante Marie (1839-1883), veuve de Pierre Louis BERTHOME (1831-1870) et mère d'un petit Pierre (1869-1898), un peu plus jeune qu'elle.

Ensuite placée comme domestique, je perds sa trace jusqu'à son mariage, le 22 août 1898 sur la commune de Croix de Vie avec un marin, Charles VINCENDEAU (1870-1925). A cette date, elle est domestique sur ladite commune. Ses témoins sont ses cousins germains, elle a donc garder contact avec les membres de sa famille.

Après 1909, le couple et leurs deux filles s'installent sur la commune voisine de Saint Gilles sur Vie. Charles s'éteint le premier en 1925 à l'âge de 55 ans. Je perds la trace de sa veuve à partir de là.

Je ne trouve pas la trace de Marie-Rose dans les tables de successions et absences jusqu'en 1954... peut-être est-elle décédée après ? ou a-t-elle suivi sa seule fille survivante ? (Elle-même décède en 1973 à Lorient et inhumée à Riantec dans le Morbihan).

De nouveau, revenons un peu en arrière.

Marie Aimée, usuellement simplement Aimée, est la 5ème enfant et 4ème fille du couple DUPOND-MILCENT. Elle est née le 11 mars 1850 au Moulin Rouge dans la bourrine du couple construite depuis environ 5 ans.

Aimée, orpheline de père à l'âge de 5 ans, reste dans le foyer dans sa bourrine natale jusqu'au remariage de sa mère en 1862. Elle est alors mise aux services d'un cultivateur dans une ferme alentour (pas sur le territoire de la commune de Notre Dame de Riez en 1866 et 1872).

A l'automne 1875, Aimée se trouve enceinte. Elle vient finir sa grossesse chez sa mère au Moulin Rouge. C'est là que Mathurin Célestin voit le jour le 20 juin 1876. Sa naissance est déclaré le soir même par un voisin et sa mère est dite journalière.


Quelques semaines plus tard, le 8 août, la grand mère, Marie-Louise meurt à l'âge de 57 ans. Aimée et son fils quittent donc la bourrine et s'installent alors à la Maison Neuve. Mathurin ne vivra pas très longtemps après, le 27 août il décède à seulement deux mois.

Aimée s'installe alors au Bois Blanc où on la retrouve seule lors du recensement de population de 1876, en fin d'année.

Par la suite, on retrouve Aimée dans le bourg. C'est là, qu'elle tombe de nouveau enceinte à la fin de l'été 1879. Elle accouche le soir du 25 mai 1880 d'une petite fille, Marie-Rose Aimée. Un cousin éloigné va déclarer la naissance à la mairie le lendemain, il prénomme la mère Aimée Marie-Rose et la dit âgée de 32 ans.


Malheureusement, la petite Marie-Rose meurt aussi en bas âge le 2 novembre suivant à l'âge de 5 mois. Le décès est déclaré par un voisin, Jean-Marie POGU, à la profession bien particulière : preneur de taupes !

Quatre ans plus tard, alors journalière sur la commune voisine de Saint Hilaire de Riez, Aimée, âgée de 34 ans, finit par se marier avec un veuf (par deux fois) de 23 ans son aîné, Jean VRIGNAUD (1827-1908). Les témoins de Aimée, sont son oncle André BRIAND (1829-1894) et son frère Alexandre (déjà cité plus haut). Le couple n'aura pas d'enfant.

Aimée s'installe chez son époux à la Maison Neuve, où il vit avec ses fils.

Une fois veuve, elle continue de vivre avec les fils de Jean. C'est donc à la Maison Neuve que Aimée s'éteint à l'âge de 71 ans le 4 octobre 1921.

Pour la génération suivante, nous allons partir de la dernière fille d'Alexandre (cité plus haut), frère aîné de Rose et Aimée, et mon aïeul.

Génération 4

Clératine Melda, usuellement Imelda, est la 8ème enfant et 3ème fille d'Alexandre et Marie-Rose BURGAUD (1843-1939). Elle est née dans le village de Port Neuf de Notre Dame de Riez le 23 décembre 1884.

Imelda, contrairement à ses frères et sœurs, ne sera jamais placé comme domestique et deviendra couturière-tailleuse. Elle restera chez ses parents jusqu'à son union en pleine guerre mondiale en 1917.

Entre temps, en 1906, Imelda, qui vit donc dans la maison de ses parents aux Acacias, tombe enceinte. 

Son fils Emile Pierre Auguste Joseph voit le jour le 19 mars 1907. Le lendemain, le grand père va déclarer la naissance. Imelda ira reconnaitre son fils à la mairie le 9 avril suivant.


Quelques années plus tard, lors de son mariage avec Imelda, le 6 novembre 1917, Louis BONHOMMEAU (1891-1929) reconnait Emile, qui change donc de patronyme à 10 ans. Louis est mobilisé, cette union se fait lors d'une permission. Il ne sera libéré qu'en août 1919 et retrouve son épouse. Par la suite, il sera employé des chemins de fer de l'Etat.

Malgré cette union, Emile continue de vivre avec sa grand mère veuve depuis 1912. Il devient menuisier. 

Emile adolescent

Très attaché à son aïeule, c'est lui et son épouse qui l'accompagneront dans ses derniers jours (vous pouvez lire mon billet sur cette fin de vie) à la fin des années 1930.

Imelda et son époux auront deux autres fils dont un qui meurt à 2 ans et demi, peu de temps après son père en février 1929.

Longtemps veuve, Imelda meurt chez son second fils, Gabriel (1920-1997), à Saint Hilaire de Riez en décembre 1972, quelques jours avant ses 88 ans.

Emile aura la même longévité et s'éteint à l'âge de 88 ans le 8 mai 1995. 

Hors sujet : C'est sa veuve Angélina BARBREAU (1911-2004), rencontré en 1998, qui me donna à ma grande joie, l'unique photo de l'aïeule Marie-Rose BURGAUD avec d'autres photos de la famille et de nombreuses anecdotes.


Voici donc ce que je peux dire de cette lignée, 7 enfants nés hors mariage sur 4 générations et un peu plus d'un siècle. Comme vous avez pu le lire, les jeunes filles qui ont connu la situation d'être enceinte hors mariage n'ont pas été rejetées par les membres de la famille, contrairement aux idées reçues sur le sujet. Le milieu relativement pauvre et donc plus solidaire n'y est peut-être pas pour rien.
Pour résumer tout cela, une frise chronologique : 




mercredi 20 avril 2022

1701, les récoltes de Sébastien

Comme pour mon précédent billet "Thomas et Marguerite Aimée, un contrat de mariage en 1717", je vais partager aujourd'hui avec vous un autre acte notarié retrouvé dans les archives notariales mises en ligne en début de semaine par les archives de Vendée.

Cet acte notarié, une "desclaration (...) du bled amassé", concerne mon aïeul Sébastien AYRAULT (ca 1665-1711/), sosa 1698 à la 11ème génération, vivant dans le village Brillouet de la paroisse de Saint Etienne de Brillouet.

Cette déclaration est faite devant Me BREVET, notaire à Chantonnay.


"le 11ème jour du mois d'avril 1702, pardevant nous notaires des Barronies de Puibelliard, Chantonnay et Sigournay, sont comparus en leurs personnes Sébastien AYRAULT laboureur et Pierre CHAUVEAU bordier demeurants au village de Brillouet paroisse de St Etienne, lesquels pour satisfaire au réquisitoire de Me Jacques CLEMENCEAU sieur des Chaffaux tendant à une desclaration sincère et véritable des fruits et grains qui ont esté recuillis l'année dernière, 1701, dans les terres et dommaines qu'ils exploitent appartenants audit sieur des Chaffaux et pris et enlevé par le nommé Jean GUINOT son disant adjudicataire iceux dits AYRAULT et CHAUVEAU ont présentement devant nous dits notaires fait leurs desclarations ainsy quelle suivent scavoir de la part dudit AYRAULT qu'il a ladite année dernière ammassé dans la mestairie qu'il exploite le nombre de :

  • 110 boiceaux de froment mesure de Ste Hermine, 
  • le mesme nombre de baillarge, 
  • 73 boiceaux de mesture, 
  • 16 boiceaux d'orge, 
  • 80 boiceaux de jarosse ou vesces
  • 56 boiceaux d'avoine, 
  • 32 boiceaux de seigle, 
  • 6 boiceaux de febve, 
  • 2 boiceaux de petit pois, 
  • 10 boiceaux de poix roux, 
  • 10 douzainne de lin,
  • 20 livres de chanvre, 
tous lesquels grains lin et chanvre, ledit GUINOT a partagé par moitié avecq ledit AYRAULT et icelle fait emmener partie chez luy et l'autre au bourg de Thiré et out ce que dessus le dit AYRAULT a desclaré avoir donné audit GUINOT la somme de 25 livres tant pour les herbages qu'autres profits de ladite mestairie dont il a receu de 20 livres seullement et luy a encore donné :
  • 4 chappons, 
  • 6 poullets, 
pour mesme scuffrages toutes lesquelles choses ledit AYRAULT a desclaré contenir veritté  et estre prest de laffirmer cy besoing et sest soussigné."



Sébastien AYRAULT est l'époux de Marthe BERTRAND (ca 1668-1718). Mariés en 1693, ils eurent cinq enfants dont mon ancêtre Louise (1695-1742).



samedi 16 avril 2022

Thomas et Marguerite Aimée, un contrat de mariage en 1717

Le 15 avril, les archives de Vendée mettent en ligne les minutes notariales de 1667 à 1806 du canton de Chantonnay.

Dans ce canton, j'ai de nombreux ancêtres à cette période là.

La référence de quelques contrats de mariage m'était déjà connu, mais je n'avais pas pris le temps de les consulter sur place. En effet, mes déplacements physiques aux archives se concentrent principalement sur des minutes notariales du 19ème siècle. J'ai donc pu enfin en prendre connaissance en ligne.

Et aujourd'hui, j'ai envie de partager avec vous le contenu du contrat de mariage de mes ancêtres à la 11ème génération : Thomas DURAND (1695-ca 1737) et Marguerite Aimée BRETHE (1693-1773), sosas 1688 et 1689. 


Le contrat est acté sous le seing de Me LOYAU, puis celui de Me ARNAUD, notaires du marquisat de Creil-Bournezeau, l'après midi du 10 mai 1717, en la demeure de la mère de la future épouse à l'Augouère de la paroisse de Puymaufrais (fusion par la suite en 1833 avec Saint Vincent Fort du Lay, puis rattachement à la commune de Bournezeau en 1972).

"Thomas DURAND, marchand fils de Thomas et de Jeanne PELLETREAU demeurants au bourg de Sainct Ouing des gastz d'une part (Saint Ouen des Gâts fut rattaché aux Pineaux en 1820) et Marguerite Aymée BRETHE fille majeure de deffunt Me Jacques BRETHE vivant Sr du fief et de dame Marguerite Aymée BARREAU demeurants au village de Laugouère parroisse de puymaufray d'autre part."


Les futurs sont assistés de leurs proches :

  • Pour Thomas :
    • Thomas DURAND (ca 1660) et Jeanne PELLETREAU (ca 1665), conjoints père et mère, 
    • Louise DURAND (ca 1692-1756) et Pierre THOMAS (ca 1684-1724), sœur et beau-frère, 
    • Renée DURAND (1697-/1738) et Pierre GIRARDEAU (+/1738), sœur et beau-frère.
  • Pour Marguerite Aimée :
    • Dame Marguerite Aymée BARREAU (ca 1660-1718) veuve dudit Jacques BRETHE (1658-1708) Sr du fief, 
    • Louise Marie (1699-1762) et Marie Anne (1704) BRETHE sœurs.
"Les conventions duquel dit futur mariage sonts telles et sans lesquelles il nauroit son executtion" :
  • "les proparlez feronts uns et commun en touts biens meubles et acquetz immeubles quils feronts et acqueronts pendant icelle".
  • "Ils ont déclarez quils se prenent avec touts et chascun leurs droits qui consistent à lesgard dudit DURAND la somme de cent cinquante livres de laquelle lesdits Thomas DURAND et Jeanne PELLETREAU conjoints ont promis et promettent celle de quarante livres qu'ils lui bailleront et payeront dans le jour de la bénédiction nuptiale et ce en attendant leur succession future et le surplus de la somme de cent cinquante livres."
  • "ladite dame BARREAU a quitté, ceddé et dellaissé la propriétté possession et jouissance à la future espouse et ce par préciput et advantage et en attendant sa succession future, les dommaines qui suivent sçavoir :
    • un petit pré appelé le pré du cormier contenant deux journaux ou environ, 
    • plus deux boicellée de terre sçise champ du chastaigner
    • plus deux petits champs appelez les ousches contenant trois boicellée ou environ, 
    • plus une pièce de terre appellée les Routtes contenant aussi le champ du nouinaud tenant douze boicellée ou environ, 
    • plus une petite maison et jardin y joignant jusque au fossé qui sépare celluy de la maison ou demeure ladite dame BARREAU tenant laquelle maison à la celle de Pierre BARREAU Sr de Villiers (frère de Marguerite Aymée), 
    • plus la moitié de la vigne à prendre du costé de ladite maison et jusque à la route qui est au millieu de ladite vigne."
  • "de touts lesquels dommaines cy dessus les proparlés entreront en jouissance et poccession dès le jour de leur bénédiction nuptialle."
  • "Dans le succession future de ladite BARREAU lesdits futurs époux ne seronts tenus de reportés que les terres du chateigner, les ousches, les routtes et du nouinaud, le surplus des autres dommaines cy dessus mentionnez estant donnez par préciput et advantage à ladite proparlée sans report ny précompte ny d'aucunes jouissances des domaines yceux quittes des arrérages des rentes."
  • "ladite dame BARREAU s'oblige de bailler aux futurs époux dans ledit jour de leur bénédiction nuptialle :
    • un lit garny d'une parie de grand draps, 
    • un coffre de bois de noyer, 
    • une vache, 
    • quatre brebis
    • deux aigneaux."
  • "et encore lesdits DURAND et PELLETREAU se sont obligez de bailler aux futurs epoux dans ledit jour de leur bénédiction nuptiale :
    • une paire de grand draps, 
    • deux nappes, 
    • un plat destain, 
    • une couverte de lit, 
    • une couchette de bois de chesne sans garniture, 
    • deux essuyemain."
  • "il a esté dit et conveneu que lesdits futturs espoux après leur bénédiction nuptialle demeure avec ladite dame BARREAU et lesdites Louise Marie et Marie Anne BRETHE, ils ne pourront contracter aucune communauté ny sociéttés ensemble et cependant ils seronts touts tenus de joindre ensemble les gains et profits quils feronts et de conférer les revenus de touts leurs immeubles."

Voilà, le contrat est fait, sans doute suivi quelques jours plus tard par la bénédiction nuptiale en la paroisse de Saint Ouen des Gâts. En effet, le village de Laugouère (aujourd'hui l'Augoire) étant plus proche dudit bourg que du bourg de Puymaufrais dont il dépendait, comme vous pouvez le voir sur la carte de CASSINI plus haut. A mon grand dam puisque les registres paroissiaux de cette paroisse comportent une grosse lacune entre 1709 et 1735 ! 

Thomas et Marguerite Aimée auront sept enfants à ma connaissance, tous nés à l'Augoire : 
  1. Louise Françoise, née 23 mai 1718, 
  2. Pierre (mon ancêtre et unique fils du couple), né le 20 octobre 1719 et décédée le 22 décembre 1788, 
    • première union en 1741 avec Françoise MAILLET (ca 1721-1754), 5 enfants
    • seconde union en 1756 avec Louise GODILLON (1721-ca 1757), 1 fille
    • troisième union en 1759 avec Rose TURCOT (ca 1737-1801), 5 enfants
  3. Renée, née le 15 novembre 1721 et décédée le 11 septembre 1727, 
  4. Marguerite Aimée, née le 21 février 1724 et décédée le 7 juillet 1789, 
    • première union en 1743 avec André VALET (1721-1754)
    • seconde union en 1764 avec Jacques FEVRE (ca 1741-1785)
  5. Louise, née le 27 mars 1726 et décédée le 8 novembre 1736, 
  6. Marie, née vers 1728, 
    • mariée en 1750 avec Charles ARNAUD (ca 1723-1772)
  7. Marie Gabrielle, née le 9 avril 1734 et décédée le 13 septembre de la même année.
Thomas décède après 1736, à une date et en un lieu inconnu...
Marguerite Aimée se remarie en 1739 avec Jacques CHATELLIER (ca 1690-1762), le frère de son beau-frère Louis (époux de Marie Anne BRETHE).

Veuve depuis une dizaine d'années, Marguerite Aimée s'éteint à l'âge honorable pour l'époque de 80 ans, le 1er mai 1773 dans sa maison (natale) de l'Augoire.




mardi 12 avril 2022

Salon de Généalogie de Challans (Vendée)

Petit compte rendu de mon premier salon de généalogie en tant qu'exposant généablogueur et généalogiste "du cru". 

Dimanche 10 avril, avait en effet lieu le premier salon de la Généalogie à Challans en Vendée, organisé par l'association Challans Accueille.


Installation 

Point négatif : 

La table d'exposition pour mon installation devant faire deux mètres se retrouve à n'être que d'un peu plus d'un mètre, je me suis retrouvé tout petit d'autant plus que les grilles d'affichages étaient loin derrière. Le rendu visuel, comme vous pouvez le voir n'est pas extra.


 Points positifs : 

  • Je me suis retrouvé à côté d'une généalogiste de Charente-Maritime que je connais depuis quelques années et qui s'est installé comme professionnelle en 2020, j'apprécie beaucoup son travail et j'étais content de la retrouver là, Coralie VERDIER.
  • De l'autre côté, encore une bonne surprise, se trouvait un généalogiste que je connais depuis plus de 20 ans et qui est le recordman mondial de la cousinade, 4514 cousins réunis en 2012, Jean-Michel CHENEAU

Affluence

Un nombre assez conséquent de visiteurs (un millier environ) et de nombreuses personnes sont venus me voir :

1 - 

J'ai pu enfin rencontrer des personnes avec qui j'échange depuis longtemps sur les réseaux sociaux comme Facebook ou twitter via mes comptes personnel ou généalogiques, ce fut un réel plaisir (clin d'œil à Yann-Richard) !

2 - 

Trouver des cousins plus ou moins lointains, certains visiteurs au courant de ma présence via ma page Facebook ou le groupe Facebook que j'administre : "Généalogie et Histoire en Vendée", sont venus me voir pour affiner nos cousinages (Jannick CHEVRIER, Yann-Richard BROSSEAU), d'autres pour les découvrir (entre autres : Alain TOUZEAU, Jean Yves NAULEAU). Les cousinages les plus proches : nos arrière grands parents sont cousins germains ! 

Les retours de ces rencontres sur les réseaux sociaux font chaud au cœur : 



3 - 

Simplement discuter avec : 

  • des généalogistes plus ou moins passionnés/novices, 
  • des visiteurs pour leur apporter des informations, des liens vers des sites (comme Gallica) ou des connaissances concernant des recherches spécifiques, comme les recherches en Belgique (Marie CAPPART).
  • des visiteurs curieux, 
  • des érudits locaux (Jean-Pierre GUITTONNEAU...)

4 - 

Revoir : 

  • des connaissances comme Sandrine GARCIA-POURRAGEAU du Cercle Généalogique Poitevin ou Alain ROUAULT de Passion-Généalogie 
  • quelques membres du Cercle Généalogique Vendéen que j'ai longtemps côtoyer dans les années 1990-2005, comme Marie Françoise PIVETEAU, Jocelyne SIROUET, Christine GHERARDI...

5 - 

Renouer avec des généalogistes (entre autres : Patrick et Claire TRICHEREAU, Marylène MILCENT) réunis en son temps autour d'une ascendance commune : les descendants VERONNEAU

Dans les années 2000, le groupe se rencontrait plusieurs fois l'an. La dernière rencontre pour ma part date de 2005, puis ce fut le déclin... RDV pris en septembre pour relancer ces rencontres !

Conclusion

J'ai passé une très agréable journée, et le point négatif de mon installation fut vite oublié !

Un tel plaisir de faire toutes ces rencontres et retrouvailles, je ne pensais pas que cette journée allait être aussi riche et intense lorsque je me suis lancé.


mardi 8 février 2022

Mes derniers cultivateurs, de Vendée en Charente-Maritime

Par le biais du Généathème de février proposé par Généatech, je trouve l'occasion d'écrire sur les derniers cultivateurs de mon ascendance, mes grands parents paternels Marcel PONTOIZEAU (1900-1971) et Léonide DUPOND (1905-2004). 

Leur parcours, commun à beaucoup de jeunes ou moins jeunes vendéens, est celui d'un jeune couple qui décide de quitter son "pays" natal pour migrer vers une zone professionnelle plus propice à une vie meilleure.

Cette migration de Vendéens vers des départements plus au sud est liée à la situation post crise du phylloxéra dans ces départements là. De nombreux écrits existent sur ce sujet là, juste un lien pour étayer mon propos.

"Les terres en friche ont attiré des paysans vendéens qui étaient alors en surnombre et ont décidé de tenter leur chance au sud. Ils avaient d’ailleurs une double spécialité professionnelle qu’ils ont apportée avec eux et que les Charentais ignoraient : l’élevage et le labour profond."

De ferme en ferme, de département en département, mes grands parents ont eu un parcours professionnel évolutif comme vous allez le découvrir. 

J'ai eu la chance de connaitre ce parcours par la voix même de ma grand mère, même si j'ai du le compléter par des recherches n'ayant pas eu le réflexe de poser certaines questions en son temps.

La Vendée

Marcel et Léonide commencent à se fréquenter lorsque Marcel revient de son service militaire à l'automne 1922. Ils se marient en mai 1923 sur la commune de Léonide, Notre-Dame de Riez. Lors de leur mariage, Marcel est journalier agricole et Léonide servante.

Après leur mariage, ils louent une borderie dans le petit village du Vigneau (16 habitants en 1926) sur la commune de Commequiers, en bordure de la Vie, et non loin de leurs parents respectifs. Marcel continue de partir "en journée" malgré tout pour nourrir sa famille qui s'agrandit de deux enfants en 1924 et 1926.

Anecdote : Le couple loue peut être la même borderie (deux borderies mitoyennes) que les arrière grands parents de Marcel ont loué dans les années 1830, où sa grand mère maternelle est né en 1838 et où son arrière grand père est décédé l'année suivante. Je n'ai pas encore trouvé les baux.

Vue aérienne du Vigneau aujourd'hui

En 1927, le couple prend la décision de rejoindre la sœur de Léonide, Emilie (1898-1990), et son époux, Louis CHARRON (1894-1979) qui travaillent depuis quelques années (Emilie rejoint son époux après leur union en 1921) en Charente et y exploitent depuis peu une borderie.

Marcel, Léonide et leurs enfants quittent donc leur Vendée natale pour la Charente à la Saint Michel 1927.

La Charente

La famille PONTOIZEAU arrive dans la borderie qu'exploite les CHARRON dans le village du Veillard (105 habitants en 1926) de Bourg-Charente à l'automne 1927. 

L'entente est de courte durée, et Marcel et son épouse prennent la décision de chercher leur propre borderie voir métairie.

C'est rapidement le cas et un an après leur arrivée, ils quittent la Charente pour une petite métairie en Charente-Inférieure à une soixantaine de kilomètres à l'ouest.

La Charente-Inférieure 

(ancienne appellation de la Charente-Maritime jusqu'en 1941)


Marcel et Léonide prennent donc en charge une petite métairie dans le village de Chez Vinet  (12 habitants en 1931) sur la commune de Boutenac à la St Michel 1928.

Ils y resteront trois années.

Recensement de population 1931

En septembre 1931, ils travaillent dans une ferme à une dizaine de kilomètres de leur précédente métairie, dans le village de Civrac (62 habitants en 1926) de Saint Fort sur Gironde.

Trois ans plus tard, ils changent de nouveau de ferme mais toujours sur la commune de Saint Fort sur Gironde.

C'est alors qu'ils ont l'occasion de prendre en charge une métairie de plus grande envergure à une vingtaine de kilomètres, la métairie du Breuil de la commune d'Arces sur Gironde.

Cette métairie appartient à la famille CASIMIR qui exploitait elle même leurs terres auparavant avec quelques ouvriers (trois en 1926). Au début du 20ème siècle, la famille avait déjà baillé la métairie et n'y vivait plus, ayant une autre propriété sur la commune à la Croix. Le propriétaire, Léon (1880-1965), décide de reprendre un métayer, Marcel et Léonide s'installent donc au Breuil en septembre 1937.


C'est là, qu'une année plus tard, Léonide donne naissance à un troisième enfant, Lucien (mon père).
Pour l'aider dans ses taches suite à cette naissance, la mère de Léonide, Eulalie BIRON (1874-1947) vient de Vendée passer quelques semaines à la métairie.

L'exploitation de cette métairie, 14 années, est le point d'orgue de la carrière professionnelle du couple PONTOIZEAU-DUPOND.

Marcel et son taureau

Durant la seconde guerre mondiale, Marcel est mobilisé quelques mois au printemps 1940. Léonide reste seule avec ses trois enfants dont les aînés (16 et 14 ans) qui l'aident.

Arces sur Gironde se trouve à une vingtaine de kilomètres de Royan, où l'Histoire se déroule en 1944 et 1945 pour bouter l'envahisseur hors du pays. La fameuse "poche de Royan" et les bombardements sont restés en tête de ma grand mère et de mon père pourtant très jeune à l'époque. Dans ces circonstances historiques, mon oncle Marcel (1926-1953) s'engage à 18 ans auprès des FFI en septembre 1944 et quitte sa famille.

C'est aussi à cette période, que la fille du couple, Irène se marie à 20 ans avec un cultivateur du secteur, André PRAUD, de neuf ans son aîné. Le couple s'installe à Saint Georges de Didonne.

Marcel et Léonide continuent d'exploiter le Breuil jusqu'à l'automne 1951. 

un jour de moisson à la fin des années 40,
avec une famille amie, les PIVETEAU, aussi des migrants vendéens

Anecdote : Le 29 mars 2000, avec mes parents nous avons pu entrer au Breuil, visiter la ferme et voir les pièces de vie. La propriétaire, une des filles CASIMIR née en 1930, se souvenait très bien de mes grands parents et nous livra quelques souvenirs. Ma grand mère encore vivante à cette époque mais trop âgée pour se déplacer (95 ans) fut très contente du retour de cette visite mémorielle.


Pour une raison inconnue (sans doute l'âge), le couple quitte la métairie. Marcel trouve un emploi d'ouvrier agricole chez les CAMUS, Louis (1898-1974) et Marie Madeleine (1897-1981), propriétaires sur la petite commune de Chaunac (85 habitants en 1954), à plus de cinquante kilomètres du Breuil, au sud est du département.

Les CAMUS seront aussi les premiers employeurs de mon père qui commence sa carrière professionnelle. Son premier salaire date de janvier 1953, il a 14 ans.

Après cinq années chez les CAMUS, la famille PONTOIZEAU changent de nouveau d'employeur mais aussi de département, à une quarantaine de kilomètres au nord est de Chaunac.

La Charente


En effet, c'est à l'automne 1956 que la famille PONTOIZEAU arrivent à Saint-Preuil, plus précisément  dans le petit village de Sègeville. Ils sont ouvriers agricoles chez un certain BILLOUET.

Ce qui est original, c'est que Sègeville se trouve à moins de dix kilomètres du Veillard de Bourg Charente, où Marcel et Léonide se sont installés après leur départ de leur Vendée près de trente plus tôt !

Anecdote : j'ai eu la chance d'aller en pèlerinage avec mes parents dans ce petit village il y a une dizaine d'années.

Léonide ayant l'envie d'une retraite sereine, et "ne voulant plus vivre chez les autres", d'autant plus que Marcel commence à avoir quelques soucis de santé, décide de rechercher une maison a acheter avec leurs économies, économies d'une vie de labeur.

C'est donc sur une petite annonce dans un journal qu'elle trouve son bonheur à l'été 1957. Une petite maison dans le bourg de la commune de Mazeray en Charente Maritime.

La Charente-Maritime 


L'achat est acté en octobre 1957 devant un notaire de Saint Jean d'Angély et la famille PONTOIZEAU intègre leur maison en décembre.



Une fois installé, Marcel et Léonide louent une parcelle de terre avec un jardin et une petite vigne, à quelques centaines de mètres de leur maison, pour leur quotidien.

Leur fils Lucien quitte l'agriculture et devient ouvrier menuisier quelques mois avant de partir au service militaire en novembre 1958.

La carrière professionnelle du couple PONTOIZEAU-DUPOND s'arrête donc là.



J'espère que vous aurez eu plaisir à lire le parcours de mes grands parents paternels dont voici un résumé sur une carte interactive couvrant la période de 1927 à 1957 :

lundi 18 octobre 2021

A jamais jeune femme

Aujourd’hui je vais mettre en avant une aïeule invisible qui a vécu moins de trois décennies.

Louise RICOLLEAU 
ancêtre de la 7ème génération ~ sosa 93.

- image d'illustration -

Louise fait partie des 12 aïeules (dont j’ai la date de naissance exacte) qui sont décédées avant l’âge de 30 ans. Son décès est survenu il y a exactement 212 ans.

Enfance

Louise est née le 30 novembre 1780, vraisemblablement à la borderie (et bourrine) des Cloisons, quartier du grand marais, sur la paroisse du Perrier, au cœur du marais breton. Ses parents, Jean et Jeanne CROCHET, sont tous les deux âgés de 40 ans, ils sont bordiers dans ladite borderie en limite, c’est un étier qui fait cette limite, de la paroisse voisine de Saint Jean de Monts. 


Louise est leur quatrième enfant. Avant elle, trois garçons ont vu le jour : 

  1. Jean (1769-1808), 
  2. Pierre (1771-1803), 
  3. et Denis (1774-1841).

Un an plus tard, une petite Louise Jeanne voit le jour, le 6 décembre 1781 exactement (cette dernière est décédée en bas âge à une date inconnue).

Puis au début de l’été 1782, le père de famille décède dans la borderie  à l’âge de 41 ans. Louise n’a pas encore 2 ans !

Jeanne, sa mère, ne se remarie pas et continue d’exploiter la borderie avec ses enfants, l’aîné a 13 ans…

Une décennie passe et les troubles vendéens sont là et c’est à cette époque, et donc à une date inconnue (entre le printemps 1793 et juillet 1795), que Jeanne meurt à environ 54 ans.

La fratrie RICOLLEAU continue de vivre aux Cloisons en communauté familiale. L’aîné, Jean s’est marié clandestinement (voir note plus bas) en juillet 1795 avec Renée DELAVAUD (1768-1840), native de la paroisse de Saint Hilaire de Riez mais domestique au Perrier depuis 3 ans. C’est le curé de Croix de Vie « desservant le marais » qui célèbre l’union. Les témoins de Jean sont Pierre, son frère et son oncle maternel Martin CROCHET (1744-1809), de la borderie voisine du Porteau. Lors de cette union, Louise est une adolescente de 14 ans.

Union & famille

Quelques années passent, et Louise convole en justes noces à 22 ans le 15 janvier 1803 (25 nivôse an XI) sur la commune de Notre Dame de Riez avec Jean MASSONNEAU, 29 ans, bordier de ladite commune. Il exploite depuis 1796 en communauté familiale avec son frère Pierre (1756-1815), sa belle-sœur, Jeanne DELAVAUD (1764-1827), épouse du précédent, et son père Pierre (1730-1820), la borderie des petites rues non loin du bourg de Notre Dame de Riez. Sa mère est décédée lorsqu'il n'avait que 15 ans, son père ne s'est jamais remarié. Les familles RICOLLEAU et MASSONNEAU se connaissent bien puisque Renée et Jeanne DELAVAUD sont sœurs, ce qui fait que les frères de Jean et Louise sont des beaux frères...

Louise change donc de lieu de vie et de communauté.

Ces changements engendrent quelques démarches avec son époux puis avec ses frères. Ces démarches sont actées devant le notaire MALESCOT de Croix de Vie au cours de l’année 1803 :

Don mutuel entre époux le 13 mars (22 ventôse an XI).
  • "lesquels se sont volontairement, par les présentes, donné et donnent l'un à l'autre, par forme de don mutuel et au profit du survivant d'eux, tous et chacuns leurs biens meubles, effets mobiliers et immeubles de quelque espèce et nature qu'ils puissent être, qu'ils ont actuellement et pourront avoir à leurs décès, sans aucunes exceptions n'y réserves, pour, par le survivant jouir de tous les dits biens, en usufruit seulement, et s'en mettre en possession aussitôt le décès du prémourant..."
Le 18 mars (7 germinal an XI), sous l'autorité de son mari Louise donne quittance de portion de communauté entre Louise et la communauté RICOLLEAU à Cloison du Perrier.
  • "Entre lesquelles parties il a été reconnue par ces présentes que pour remplir lad. Louise RICOLLEAU, femme dudit Jean MASSONNEAU, de la cinquième partie au total, portion pour laquelle elle était fondée dans la communauté ou société qui était entr'elle et ledit Jean RICOLLEAU, son frère, la femme dudit RICOLLEAU, et lesdits Pierre et Denis RICOLLEAU, ses autres frères, il a été par expert convenus à l'amiable entr'elles fait estimation de tous les meubles et effets mobiliers, vifs et morts, composant la communauté dont il s'agit, d'après laquelle estimation et tous comptes et précomptes faits entre les parties qui se sont fait raison, ainsi que de droit, comme elles le reconnaissent, lad. cinquième partie de lad. communauté revenant à lad. Louise RICOLLEAU femme dudit Jean MASSONNEAU, s'est trouvé monter à la somme de deux cents cinquante francs, en conséquence ledit Jean MASSONNEAU et lad. RICOLLEAU sa femme, reconnaissent avoir enlevé et retiré en leur domicile, avant ces heures des meubles et effets mobiliers qui leur ont été délivrés par ledit Jean RICOLLEAU et audit nom, jusqu'à la concurrence de lad. somme de deux cents cinquante francs..."
    • Cet acte est passé chez eux à la borderie des petites rues. 
Le 20 novembre (28 brumaire an XII), partage avec la communauté RICOLLEAU suite au décès de son frère Pierre le 27 octobre précédent (3 jours avant ses 32 ans).
  • "lesquels ont par les présents reconnu avoir fait partage et division des meubles et effets mobiliers délaissés par feu Pierre RICOLLEAU, leur frère et beau frère, dans lesquels ils étaient fondés chacun pour un tiers et d'avoir enlevés et retirés chacun par-devant soi les meubles et effets mobiliers qui composaient leurs tiers dans ladite succession mobiliaire d'après l'estimation préalablement faite entr'eux desdits meubles et effets mobiliers par experts convenus à l'amiable entr'eux et après tous comptes et décomptes faits entr'eux (...), lesdits meubles et effets estimés cent francs."
  • "et par les mêmes présentes, lesdites parties ont aussi reconnu avoir fait partage et division des immeubles délaissé tant par ledit feu Pierre RICOLLEAU, leur frère et beau frère, que par feux Jean RICOLLEAU et Jeanne CROCHET, leur père & mère, beau père & belle mère, dans lesquelles elles sont aussi fondées chacune pour un tiers, l'effet duquel partage et pour y parvenir, elles reconnaissent pareillement avoir fait estimer lesdits biens immeubles par experts convenus à l'amiable entr'elles, et en ayant composé trois lots, les plus justes et les plus égaux qu'il leur a été possible qu'elles ont tiré au sort à la manière accoutumée..."
  • "le second desdits lots, est échu et demeure par l'évènement dudit sort audit Jean MASSONNEAU et à ladite Louise RICOLLEAU sa femme, du consentement des autres copartageants constituent dans le domaine qui suit :
    • les deux tiers à prendre au bout du midi de la pièce de terre labourable désignée et confrontée à l'article dernier du premier lot, auquel l'autre tiers de ladite pièce de terre est échue. Ce sont tous les domaines échus au second lot."
    • Cette pièce de terre, dont le tiers au nord fait partie du lot de Jean RICOLLEAU, est ainsi désignée dans ledit lot :
      • "pièce de terre labourable, d'environ trente ares (une demie charruie) située au quartier du grand champ, commune de Saint Jean de Monts, séparé des deux tiers échus au second lot, par une tranchée où il sera placé une borne, tenant ladite pièce en grand du levant terre de GUITTONNEAU de St Gilles, et du couchant à celle de Martin CROCHET (oncle maternel)."

Vient ensuite le temps des grossesses et des naissances :

1. Pierre, sosa 46, né le 16 février 1804, 
2. Jeanne Louise, née le 28 février 1806, 
3. Jean, né le 16 mars 1809 et décédé le 24 septembre 1809 à l'âge de 6 mois. 

Fin de vie et Succession

Seulement quelques semaines après la disparition de son fils, Louise s’éteint chez elle à la borderie des petites rues, le 18 octobre à « midy », près des siens, à l’âge de 28 ans, mais peu avant ses 29 ans.

Son époux et son beau-frère déclarent son décès le lendemain.

Jean MASSONNEAU, pourtant âgé de seulement 35 ans lors de son veuvage, ne se remarie jamais. Les deux jeunes enfants du couple sont pris en charge par Jeanne DELAVAUD, la belle-sœur de Jean, qui vit dans la communauté et qui n'a jamais pu enfanter.

La déclaration de succession de Louise est enregistrée le 7 avril 1810, ses deux enfants sont ses héritiers et son époux usufruitier de la moitié des biens en vertu du don mutuel :
  • "les meubles estimés cent francs"
  • "22 ares de terre labourable au grand champs à St Jean de Monts estimés deux cents francs"

Dès 1820, après la disparition de Pierre MASSONNEAU, le jeune, en 1815, et celle de Pierre, le père, Jean et sa belle-sœur vivent tous les deux jusqu'à leur décès à 4 jours d'écart en septembre 1827 !


Note : 
En juillet 1795, l'union fut célébré clandestinement car le prêtre était un prêtre réfractaire. Quelques explications données au début du 20ème siècle en avant de son registre clandestin :



Voici en quelques paragraphes la vie "reconstituée" de Louise, qui restera à jamais une jeune femme.



lundi 20 septembre 2021

La maison

-  Image d'illustration - 

La maison est un lieu commun et pourtant c’est un lieu où l’on se sent en sécurité, à l’abri des difficultés extérieures.

La maison est un lieu de vie, de transmission et d’éducation.

La maison est un lieu affectif et possessif.

La maison est un lieu à la fois matériel et immatériel aux travers des souvenirs, souvenirs d’un instant ou d’une vie entière.

La maison familiale ou parentale, maison d’une génération à plusieurs générations successives, lieu d’enfance et de vieillesse.

La maison est un lieu évolutif et pourtant intemporel.

La maison est un endroit où l’on met tout notre affect. 

La maison est un lieu de partages et d’échanges.

La maison, ce lieu, cet endroit que l’on rêve tous d’acquérir, de construire, d’hériter, de transmettre.


Pourquoi ce texte aujourd’hui ?

Vous connaissez tous mon intérêt particulier pour les maisons ancestrales*. 

Et aujourd’hui, dans la longue lignée de mes ancêtres, je suis dans la situation de beaucoup de mes aïeux avant moi, je vais « reprendre » la maison parentale.

Cette maison, acquise peu après le mariage de mes parents, modifiée, agrandie, entretenue par ces derniers, deviendra mienne.

Ainsi, de par l’affect que j’entretiens pour le lieu, au-delà, de mes souvenirs et de ceux de mes parents, je vais, comme nombre de mes aïeux, devenir propriétaire de ma maison d’enfance.

Jamais, avant l’évènement à la genèse de cette décision, je n’avais imaginé qu’un jour cela adviendrait.


* J'ai déjà consacré de nombreux billets à ces dernières, et depuis peu un premier tome d'un livre :