mardi 23 juillet 2019

Le curé, le maire ... et son cousin

Une fois n'est pas coutume, dans ce billet, je ne vais pas parler de mes ancêtres.

En feuilletant le journal hebdomadaire "le bulletin de la Vendée" de l'année 1891, sur le dernier numéro de l'année, en date du 26 décembre, je suis tombé sur un article qui m'a donné envie d'en écrire un billet.


Nous sommes donc le matin du 11 décembre 1891 dans la bourgade vendéenne de Bouillé-Courdault, qui compte en cette dite année 662 habitants.

L'église est en cours de travaux, en effet son état déplorable nécessitait la reconstruction d'un mur de la nef qui menaçait ruines, la réfection de la couverture, le remplacement de la charpente de la nef et du chœur en partie pourrie (source : délibérations du conseil municipal). 



Monsieur le maire, ayant appris que monsieur le curé s'était permis de donner des ordres quant audits travaux, décide d'aller s'expliquer avec ce dernier.

Le ton monte, les deux hommes s'énervent et l'édile, monsieur MAINARD, "tombe foudroyé" ...
On le ramène chez lui, mais quelques heures plus tard, il passe de vie à trépas.

la patronyme écrit MESNARD, alors que le maire signait bien MAINARD !

Jacques MAINARD était maire depuis octobre 1878, suite au décès de l'ancien maire Pierre MOREAU.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là :
Quelques jours plus tard, le 15, l’enterrement du maire est prévu en début d'après-midi.
Jacques GOUSSEAU, un cousin germain du défunt et son ancien premier adjoint, vivant dans le village de Courdault, est en chemin pour assister à la cérémonie, quand il succombe brutalement à une rupture d'anévrisme !



En janvier 1892, le conseil municipal élit un nouveau maire, Pierre DEBOIS ... le gendre de Jacques MAINARD.

Voici donc ce que je peux écrire suite à la lecture de l'article suivant :




samedi 13 juillet 2019

Rose, une invisible vendéenne du XIXème siècle - Deuxième partie

Dans la première partie, nous avons pu voir le cheminement de vie de mon aïeule Rose MARTINEAU, entre sa naissance en 1831, dans le lieu-dit le moulin de la Chaussée de la commune vendéenne du Perrier, dans le marais breton, et l'année 1864, quelques années après son mariage, installée en communauté familiale dans sa belle famille, les PONTOIZEAU, dans une métairie neuve dite la métairie du Caillou Blanc dans le quartier des Chênes de Challans.

Tableau de Julien DUPRE (1851-1910)

Nous allons donc retrouver Rose, au printemps 1865, lorsqu'elle se rend compte de sa quatrième grossesse (hors fausses couches totalement impossible à quantifier sauf propos familiaux).

Le 10 septembre, vers 18 heures, Rose met au monde mon arrière grand père, Jean Baptiste, dans le logement de la métairie du Caillou Blanc. 
Baptiste va faire la déclaration à la mairie le lendemain matin avec Jean "Louis" PEROCHAUD, le fils de sa belle-mère, maintenant domestique au Caillou Blanc.



Peu après, Rose apprend que sa sœur aînée, Marie (1826-1870), épouse de Pierre BABU (1824-1877) depuis 1850 et qui vit sur la commune de Notre Dame de Riez à quelques kilomètres, est aussi accouchée le 10, mais quelques heures plus tôt, de son septième et dernier enfant, une petite Aimée Adélaïde.

Au Caillou Blanc, Rose voit que Louis, le fils de sa belle-mère et sa belle-sœur Henriette, se  sont rapprochés au fil des mois, depuis que ce dernier est venu en renfort à la métairie.

Ayant "fait pâques avant les rameaux", les deux tourtereaux se marient rapidement, avec l'accord parental, le matin du 29 janvier 1866 à Challans. A cette date, Henriette est enceinte de plus de six mois ! Malgré cette union, Louis ne reconnait pas le petit Pierre qui vient d'avoir 20 mois.

Lors du recensement de population de l'année 1866, effectué en juin, on peut s'apercevoir que la communauté familiale PONTOIZEAU au Caillou Blanc s’agrandit rapidement. 

Extrait du recensement de population Challans 1866.
Le petit Pierre, enfant naturel d'Henriette est nommé PEROCHAUD par erreur ...
Aparté : le patriarche du Caillou Blanc est dit cultivateur-colon lors des recensements suivants, vous trouverez une définition du colonage partiaire ici

Le petit Pierre, le fils naturel d'Henriette et neveu de Rose, meurt le 12 août de la même année à 27 mois. C'est le premier décès d'enfant en bas âge de la communauté familiale PONTOIZEAU. C'est Baptiste qui ira faire la déclaration du décès.

Rose s'installe dans la routine de son labeur au Caillou Blanc lorsque vient sa cinquième grossesse à l'automne 1867. Durant cette grossesse, en décembre, elle apprend le décès de son frère François à l'âge de 31 ans ! Ce dernier laisse une veuve et deux fillettes de 2 ans et 2 mois ...

La grossesse de Rose touche à sa fin, et le 5 avril 1868 en milieu d'après midi, François Victor voit le jour. Rose va avoir 37 ans dans quelques jours. Le lendemain, Baptiste et son beau-frère Louis PEROCHAUD se rendent à la mairie pour faire la déclaration officielle de la naissance.

Peu après cette naissance, le propriétaire de la métairie, Philippe YGNARD vient à mourir dans son logis des Chênes à l'âge de 74 ans. C'est maintenant, son fils Charles "Alfred" (1824-1889), qui devient le seul propriétaire et bailleur de la communauté familiale PONTOIZEAU. Ce dernier, par le biais d'une donation en 1865 et du décès de son frère cadet en 1867, était déjà propriétaire d'une partie des biens paternels.

Les jours et les saisons passent au fil des travaux agricoles et domestiques, Rose est maintenant une mère de famille comblée et à la fleur de l'âge.

En juin 1869, le 9, c'est la noce au Caillou Blanc. Le beau-frère de Rose, Auguste, a dit oui à sa fiancée Françoise VRIGNAUD (1840-1900), une domestique des Echarneaux de Challans, orpheline et âgée de 28 ans, qu'il fréquentait depuis peu. Lors de cette noce, Rose revoit ses anciens patrons, Jean HUGUET et son épouse. Ce dernier étant l'oncle et le témoin du marié !
Avec ce mariage, et la décision d'Auguste de quitter la métairie, la communauté familiale va être un peu chamboulée et les bras d'Auguste vont manquer. Le jeune couple s'installe sur la commune voisine de la Garnache.

Un nouveau deuil dans la "grande" fratrie de Rose : sa sœur Marie épouse BABU, décède prématurément le 15 mai 1870 chez elle aux Fillées des Rouches de la commune de Notre-Dame de Riez. Marie avait 44 ans.

La quarantaine 

L'horloge tourne, témoin du temps qui passe, Rose vient d'avoir 40 ans ce 25 avril 1871. Sait-elle qu'elle n'enfantera plus ?

Le retour à la ferme  - Julien DUPRE (1851-1910)

Quelques semaines plus tard, un mois après sa naissance, le quatrième enfant de sa belle-sœur Henriette meurt fin août. C'est le deuxième enfant qui meurt au Caillou Blanc ... 
Rose se sent chanceuse de n'avoir perdu aucun de ses cinq enfants, elle pense aussi à sa petite sœur Rosalie, qui vient de perdre ses 3 enfants en bas-âge en 3 ans ! De part cet état de fait, Rose relativise sans doute les soucis de ses fils. En effet, Auguste, 10 ans, souffre de bégaiements et Jean, qui n'a pas encore 6 ans, fait de l'épilepsie ...

En novembre, le 21 plus précisément, le bail à ferme pour la métairie est renouvelé par le propriétaire, Charles "Alfred" YGNARD, pour 6 années à compter du 29 septembre de l'année suivante, 1872. 



Ce bail est rédigé par Me HERBERT en son étude du bourg de Challans. Ce renouvellement de bail nous apprend, outre les conditions d'exploitation habituelles, que :
  • les preneurs exploiteront 53 hectares, surface comprenant bâtiments d'habitations et d'exploitations, cairoy, ruages, jardin, prés et terres labourables et prés marais.
  • défricheront le plus grand des deux prés de la Davière afin de pouvoir le mettre en culture, puis après deux récoltes, faire de même pour l'autre près de la Davière. Les preneurs seront obligés de bien niveler les terrains.
  • s'engagent à exercer la plus sévère surveillance sur leurs enfants, domestiques et bestiaux (!).
  • abandonneront au bailleur un hectare de terre à défricher pour y planter les plants et graines fournis par ledit bailleur.
  • abandonneront au bailleur 80 ares de terre pour y planter une vigne, à charge pour les preneurs de faire toutes les "guéritures" (travaux de la terre) nécessaires pour la plantation et fournir la moitié de la main d'oeuvre pour ladite plantation.
  • le bailleur se réserve "pour l'amélioration en grand de la propriété des Chênes la direction des eaux sur les terres de la métairie affermée".
  • le cheptel en bestiaux est d'une valeur de 500 francs.
  • le prix du fermage consenti et accepté est de 1000 francs par an, payable en deux termes, le 29 septembre et le 25 décembre. Le premier paiement au 29 septembre 1873.


Le fils aîné de Rose et Baptiste, Jean-Louis, est maintenant un adolescent de 14 ans et son aide à la métairie est précieuse pour son oncle, son père et son grand père, le patriarche PONTOIZEAU.

Recensement de population Challans 1872

L'année 1873 voit arriver un nouvel enfant au Caillou Blanc, en effet, Henriette donne naissance à son cinquième enfant en août. La communauté familiale compte maintenant huit enfants ! Les plus grands aident les plus petits, quand aux adolescents de Rose et Baptiste, les garçons Jean et Auguste, ils aident les hommes aux travaux agricoles de la ferme.

Vient ensuite 1874 ...
Le patriarche, Louis PONTOIZEAU, qui vient d'avoir 65 ans en juillet, sans doute malade, décide de faire venir le notaire, Me HERBERT, au Caillou Blanc pour faire une donation entre époux avec Marie-Anne le 3 août. Cette donation est faite en présence du propriétaire Charles "Alfred" YGNARD.
Moins d'un mois plus tard, à 6 heures du matin, le 1er septembre, le patriarche s'éteint.
Son fils Baptiste et son gendre PEROCHAUD déclarent le décès 3 heures plus tard !

Quelques jours passent et toute la famille PONTOIZEAU se rend chez Me HERBERT pour gérer les suites du décès du patriarche, qui entraîne la dissolution de la société agricole créée en janvier 1864, comme l'article 3 le mentionnait. Ce 20 septembre, alors que tous les hommes de la famille ainsi que la veuve du patriarche sont chez le notaire, Rose est resté au Caillou Blanc avec sa belle sœur Henriette sur le point d'accoucher de son sixième enfant !
Cet acte notarié gère donc la dissolution de la société de la manière suivante :
  • La veuve, Auguste PONTOIZEAU et Louis PEIGNE pour son épouse Marie-Rose PONTOIZEAU, cèdent leurs parts à Baptiste et Louis PEROCHAUD pour son épouse Henriette, pour moitié chacun.
  • la cession est consentie et acceptée moyennant :
    • pour Auguste : la somme de 214 francs et 80 centimes,
    • pour Louis PEIGNE : la somme de 9 francs 80 centimes,
    • pour la veuve : la somme de 151 francs et 70 centimes.
  • la cession est consentie à la charge pour les cessionnaires de payer le prix de la ferme de l'année courante ainsi que les autres charges et dettes.
  • la part des cédants est évaluée à 600 francs.

Un nouveau cycle

Par cet acte, Baptiste et son beau-frère deviennent tacitement et à part égale les exploitants du Caillou-Blanc. Rose, quant à elle, devient à moitié, et enfin, la patronne de la métairie !
Même si sa belle-mère reste vivre avec eux ...

La traite - Julien DUPRE (1851-1910)

Quelques jours plus tard, Henriette accouche donc au Caillou Blanc dans le milieu de la nuit du 28 au 29 d'un fils. Rose l'assiste pendant que les hommes de la métairie partent faire la déclaration officielle.

L'automne passe, l'hiver est là lorsque Louis, le beau-frère PEROCHAUD, va faire à l'administration la déclaration de succession de son beau-père, le 2 février 1875. Cette déclaration nous apprend que la métairie du Caillou Blanc compte un beau cheptel dont une bonne partie appartient à la société récemment dissoute :
  • Moutons et brebis pour une valeur estimée à 123 francs
  • Vaches pour une valeur estimée à 330 francs
  • Veaux pour une valeur estimée à 240 francs
  • Génisses et taureaux pour une valeur estimée à 320 francs
  • Bœufs pour une valeur estimée à 790 francs
  • truie et cochons pour une valeur estimée à 80 francs
    • soit un total de 1883 francs dont 500 francs pour le propriétaire
      • soit pour la société un cheptel de 1383 francs
  • les autres valeurs mobilières de la société (meubles, outils, matériels et instruments de travail, bois et récoltes) sont estimées à 1305 francs
  • toutes les valeurs de la société PONTOIZEAU sont donc estimées à 2688 francs
    • dont 4/16 pour le couple du patriarche défunt soit 672 francs
      • soit pour la succession du patriarche 336 francs

Au printemps, quelques jours après ses 44 ans,  Rose apprend que son frère aîné Jean, âgé de 55 ans, journalier de son état, vient de mourir dans le village homonyme de la métairie, le Caillou Blanc ! Il laisse une veuve avec trois filles de 16, 14 et 10 ans ...

En janvier 1876, la métairie est encore en deuil, deux décès successifs que Baptiste et son beau-frère Louis iront déclarer :
  • le 3, Joseph, le dernier fils d'Henriette et Louis, meurt à 15 mois, 
  • le 10, c'est un frère PEROCHAUD, Alexis, qui décède célibataire à l'âge 38 ans, il était domestique dans le village de Chambourg.
Avec ces décès, la doyenne du Caillou Blanc, Marie-Anne, veuve du patriarche, vient de perdre un petit fils et un fils !

Lors du recensement de l'année 1876, plusieurs coquilles, l'agent a rajeunit Rose de 10 ans ! Outre les prénoms fluctuants comme depuis toujours, l'agent a aussi nommé la doyenne par le nom de son premier époux ...

Recensement de population Challans 1876
Durant cette année 1876, Henriette et Louis auront une petite fille, Rosalie qui ne vivra que 4 mois ...
Rose fut-elle sa marraine ?

L'année 1877 commence juste lorsque la grande faucheuse repasse par la métairie du Caillou Blanc. La doyenne, la veuve du patriarche, Marie-Anne JOLLY, s'éteint le 23 janvier à 23 heures à l'âge de 65 ans. C'est Baptiste, se disant son gendre (alors qu'il était son beau fils), qui déclare ledit décès à la mairie le lendemain dans la matinée. Quelques mois plus tard, pour l'administration de l'Enregistrement, la mairie de Challans établira un certificat de carence pour la succession.

Pour Rose, cette disparition lui permet de devenir la doyenne de la métairie, en a-t-elle conscience ?!

Rose est de nouveau endeuillée en avril : sa petite sœur Rosalie est morte à 31 ans sur la commune voisine de Soullans. Rosalie, après avoir enfantée cinq fois, laisse à son mari, Pierre JOUBERT (1841-1909) la charge d'un seul garçonnet de 5 ans (qui décédera à l'âge de 12 ans ...).

Au cœur de l'été, en pleine période de moissons, un peu de joie dans la métairie : un nouveau-né. 
Henriette, qui n'a pas encore 35 ans, vient d'être délivrée de sa huitième grossesse, un fils, Jean Pierre

Tableau de Julien DUPRE (1851-1910)

En novembre, les deux beaux frères, Baptiste PONTOIZEAU et Louis PEROCHAUD, ont rendez-vous avec le propriétaire, Charles "Alfred" YGNARD, chez le notaire Me HERBERT pour le renouvellement du bail de la métairie. Ce renouvellement est acté le 27. Cette fois, le bail est signé pour 4 années à compter du 29 septembre 1878. Aucune nouvelle condition d'exploitation, le prix du bail est toujours de 1000 francs par an, mais en un seul paiement annuel dont le premier paiement le 29 septembre 1879.



Les difficiles dernières années

Au printemps 1878, Rose et Baptiste, sont sans doute fier de leur fils aîné, Jean Louis 20 ans, qui a rendez-vous au conseil de révision dans le bourg. On y apprend qu'il mesure 1 mètre 69 centimètres, a les cheveux châtains clair et les yeux bleus et qu'il est "bon pour le service". Il sera donc incorporé à l'automne au régiment d'infanterie de la Roche sur Yon, le chef lieu du département de la Vendée, puis après ses "classes", il part au régiment d'artillerie de Vannes dans le Morbihan.

En 1879, au Caillou Blanc, le fils aîné parti au service, ses bras manquent pour les travaux agricoles. Même si les autres fils adolescents de Rose et Baptiste, Auguste 18 ans et Jean 13 ans, sont là pour prêter mains fortes aux métayers. Tandis que les cousines, Marie-Rose 16 ans et Marie 13 ans aident leurs mères. Les "petits", François 10 ans et Jean 9 ans, sont affectés à des tâches en adéquation avec leurs capacités. La communauté familiale gère tant bien que mal la métairie. 

Tableau de Julien DUPRE (1851-1910)

A l'automne, le fils de Rose revient de son service militaire.


Une nouvelle décennie est maintenant là et l'année 1880 apporte encore son lot de deuils pour Rose.
Tout d'abord, Henriette, sa belle sœur, sans doute épuisée par ses nombreuses grossesses, se meurt et décède le 20 mai peu après minuit à l'âge de 37 ans dans son lit au Caillou Blanc. 
Par ce décès, Rose devient la seule femme de la métairie, que de travail pour une seule femme !
La vie à la métairie est totalement différente avec ce deuil.
Quelques mois après, Rose apprend le décès de sa sœur cadette Marie. Cette dernière est morte le 2 septembre à l'âge de 40 ans dans le village des Landes. Elle laisse à son mari, Pierre Jean TOUZEAU (1838-1908), leur huit enfants dont le petit dernier, Théophile, n'a que 5 mois (ce dernier épousera en 1905 une petite fille de Rose !). Après ce décès, Pierre TOUZEAU et ses enfants s'installent dans la métairie des Rigonnières, proche de celle du Caillou Blanc.

L'année 1880 se termine, et 1881 commence ... Rose a maintenant 50 ans et sa charge de travail à la métairie depuis la disparition de sa belle-sœur l'épuise.

Tableau de Julien DUPRE (1851-1910)

C'est donc, sans aucun doute, usée par son labeur que Rose s'éteint le matin du 5 juillet vers les 7 heures.

Baptiste, après avoir perdu sa sœur Henriette, avec qui il a passé toute sa vie, vient maintenant de perdre Rose, son épouse depuis près de 25 ans. 



Ses enfants, Jean Louis 23 ans, Auguste 20 ans, Marie Rose 18 ans, Jean 15 ans et François 13 ans, accompagnent Rose jusqu'à sa dernière demeure.

Après le décès de Rose, la vie au Caillou Blanc devient très compliquée.
Le 1er octobre suivant, Me LAURENT, notaire de Challans, vient à la métairie pour y faire l'inventaire des biens "professionnels" de la communauté suite aux décès des épouses des métayers. Avec cet inventaire, on va pouvoir connaitre l'environnement professionnel de Rose avant sa disparition.
  • Cheptel :
    • deux grands bœufs
    • deux autres bœufs
    • deux bœufs de 3 ans
    • deux veaux de 2 ans
    • deux vaches
    • une génisse noire de 2 ans
    • un petit veau de 1 an
    • une petite génisse de 1 an
    • une génisse maraîchine et une petite génisse de l'année
    • cochons
    • coq, poules et poulets
      • on peut s'apercevoir que depuis 1875, ils se sont débarrassés des moutons.
  • Ustensiles aratoires et objets mobiliers :
    • une charrette garnie
    • un tombereau et une vieille roue
    • une petite charrette garnie
    • un vieux versoir
    • un autre versoir
    • une charrue et accessoires
    • deux petits versoirs
    • une meule à aiguiser
    • deux herses
    • deux mauvais versoirs
    • six béchoirs et deux fourches
    • trois socs et contre
    • jougs et courroies
    • un fauchet et un râteau
    • une petite scie à main en ferraille
    • un peigne à lin
    • une hache
    • un crible, un passeur et un tamis
    • pelles à four et travouil
    • une poêle à lessive et huit faucilles
    • trois crochets et un panier
    • un essuie main et un cor
    • un brancard et une pelle de fer

Cet acte m'apprend aussi que la communauté était endettée quasiment à la hauteur de l'actif. C'est pour cela que pour la succession de Rose, la mairie établira un certificat de carence au début de l'année 1882.
Après la rédaction de cet acte, Louis PEROCHAUD et ses enfants quittent le Caillou Blanc malgré le bail qui le lie à son propriétaire (d'ailleurs je ne retrouve pas sa famille lors du recensement de 1881) .

Recensement de population Challans 1881 - effectué entre décembre 1881 et janvier 1882, document non daté !

Baptiste y reste avec ses enfants encore quelques mois, jusqu'à la fin du bail en septembre 1882 ... avant de mourir à son tour en octobre de ladite année 1882 à l'hôpital de Challans. J'ai encore quelques actes notariés à découvrir sur cette période ...


Ainsi s'achève donc l'existence de mon aïeule Rose MARTINEAU, cette invisible vendéenne sortie des méandres du temps par le biais de mes recherches.

J'espère que ces deux billets vous auront donné l'envie de sortir vos invisibles de la pénombre  ...


mardi 9 juillet 2019

Rose, une invisible vendéenne du XIXème siècle - Première partie

Il y a 138 ans, disparaissait une aïeule, une invisible comme nous les généalogistes qualifions les ancêtres qui n'ont laissé que peu de trace de leur passage dans ce monde. 
Elise LENOBLE, dans son blog "Auprès de nos racines" fut la première à employer ce qualificatif il y a quelques années avec ce billet : "Histoire familiale : comment parler des Invisibles".
Malgré ce qualificatif, si l'on s'en donne la peine, chaque invisible a pourtant laissé dans nos archives, quelques traces. 
En voici l'exemple avec "mon" invisible mise en avant en ce jour anniversaire de sa disparition.

Cette aïeule décédée le 5 juillet 1881, est Rose Marie MARTINEAU, mon arrière arrière grand mère. 
Au fil du temps, Rose pourra être prénommée Marie-Rose ou simplement Marie.


Remontons encore le temps, seulement 50 ans plus tôt, pour en arriver à la naissance de Rose.

Son enfance

Le 25 avril 1831, dans la maison familiale de Louis MARTINEAU, cabaretier et laboureur âgé de 34 ans, son épouse Rose ROBIN, du même âge, accouche vers 15 heures de son sixième enfant. Rose pousse donc son premier cri, dans cette maison base typique du marais breton vendéen, dans le village dit du moulin de la Chaussée de la commune du Perrier. Moulin de la Chaussée puisque, devant ladite maison familiale, trône un moulin à vent, propriété du meunier Joseph MOUILLEAU. La route (aujourd'hui simple chemin) qui sépare la maison du moulin est la route qui mène de Challans à St Jean de Monts, d'où l'emplacement idéal pour un cabaret !

Le moulin de la Chaussée aujourd'hui, à gauche de la photo et du chemin l'emplacement de la maison MARTINEAU

Ses parents se sont unis en l'an 1817 dans la commune natale de sa mère, Challans, voisine de celle du Perrier.
A sa naissance, Rose n'avait plus aucun grand parent vivant.

Avant Rose, sa mère avait donc donné la vie déjà cinq fois dans ladite maison  : 
  1. Louis Pierre (1818 - à lire : une épine collatérale)
  2. Jean Louis (1819-1875)
  3. Pierre Louis (1821-1821)
  4. Pierre Louis (1823-1855)
  5. Rose "Marie" (1826-1870)
La double profession de son père, lui vient de sa défunte mère, Marie Anne ARTUS (1768-1825). Elle même avait repris le cabaret que sa belle mère Rose VERONNEAU (1740-1805) veuve MARTINEAU tenait déjà du temps des troubles vendéens dans la maison du moulin de la Chaussée. D'ailleurs, sa belle mère dite "Rousotte MARTINEAU" est citée dans cet article d'un généalogiste vendéen : http://p.martineau.free.fr/soullans/20.html.

Mais revenons en à Rose ...

Dans le logement voisin et mitoyen, vit sa tante paternelle, Marie (1792-1852) et son époux Pierre BURGAUD (1783-1839) et leur dernière née, Rosalie (1824-1860).

Extrait du cadastre napoléonien de la commune du Perrier de 1831
Rose fait donc ses premiers pas très entourée, même si ses frères aînés sont déjà placés comme domestique dans des fermes environnantes.

En août 1833, le jour de ses 28 mois, elle accueille un petit frère, Joseph (1833-1907).

Malheureusement, seulement quelques mois plus tard, au milieu de la nuit le 12 au 13 mars 1834, sa mère, Rose ROBIN, meurt prématurément à 37 ans. La petite Rose n'a pas encore 3 ans !

Le court de sa vie va être chamboulée ...

Son père retrouve rapidement une compagne et moins d'un an après son veuvage, Louis, âgé de 38 ans, épouse Marie ERAUD (1808-1856), âgée de 26 ans, le 18 février 1835 au Perrier. 
Dès ce mariage, le nouveau couple et les enfants emménagent dans une borderie distante de quelques centaines de mètres mais sur la commune de Challans, la borderie dite la Bigotterie. 

Extrait du cadastre napoléonien de la commune de Challans 1832

Louis abandonne sa maison et sa double activité. Rose vient d'avoir 4 ans.

Recensement de population de Challans en 1836
Dès lors, sa belle mère, qui l'élève, donne naissance à plusieurs enfants :
  • Pierre "François" (1836-1867)
  • Jean Henri dit Jean-Marie (1837-1893)
  • Marie Rose (1840-1880)
Rose atteint ses 10 ans, je suppose qu'elle aide déjà sa belle mère pour les petites tâches ménagères de la borderie. Rose n'ayant jamais eu d'instruction, elle ne saura jamais ni lire ni écrire.

Recensement de population de Challans en 1841

Un nouveau petit frère voit le jour, Augustin Pierre dit Auguste (1842-1920). 
Et il est alors temps pour elle, comme ses frères et sœur aînés auparavant, d'être placé comme servante de ferme.

Pas encore adolescente, Rose doit donc quitter le foyer paternel pour gagner et faire sa propre vie.

Carte postale d'illustration, j'y vois Rose et ses frères 

Déjà au travail

Elle entre aux services de la famille DEVINEAU, dont le patriarche, Jacques (1777-1852) est métayer à la Noue du Pay, métairie de la commune de Challans.

Extrait du cadastre napoléonien de la commune de Challans 1832

A cette époque, la famille DEVINEAU est ainsi composée : le père Jacques, Marie-Anne PAPON (1784-1850) son épouse et leurs enfants, Rosalie (1811), Marie-Jeanne (1813), Louis (1815-1846), Victoire (1819), Jacques (1824-1846) et Marie (1828-1888). 

De la routine du labeur de Rose, les jours, les semaines et les mois passent. 

Elle apprend la naissance d'une sœur en 1845 après le retour de la famille MARTINEAU dans la maison du moulin de la Chaussée, puis le mariage de son frère aîné Pierre Louis en 1846 (est-elle de la fête ?), et devient en même temps tante et grande sœur en 1847 et 1848. 

Entre temps, à la Noue du Pay, les filles Rosalie et Marie-Jeanne se sont mariées et ont quittées la métairie. Les fils Louis et Jacques sont décédés prématurément. 

Recensement de population de Challans 1846, Rose est dite âgée de 13 ans, elle en a 15 !

Et en septembre 1846, la dernière fille, âgée de 18 ans épouse Jean HUGUET (1819-1889) qui s'installe à la métairie pour seconder le patriarche qui approche les 70 ans. Deux ans plus tard, c'est Victoire, âgée de 29 ans qui se marie enfin avec Jean BRITON (1819), le couple reste aussi à la métairie. Puis, la "patronne", Marie-Anne PAPON, décède le 2 janvier 1850 à l'âge de 65 ans.

Recensement de population de Challans 1851

En 1851, la belle mère de Rose, âgée de 42 ans donne naissance à son dernier enfant, un enfant mort-né. Quelques jours plus tard, Rose a 20 ans.

Servante dans la même métairie depuis des années, elle est maintenant une jeune femme. 

Au décès du patriarche de la Noue du Pay au début du mois de mars 1852, elle ne quitte pas la métairie et devient la servante du couple HUGUET-DEVINEAU, qui ont deux fils nés en 1847 et 1852.

Dans les premières années de 1850, ses frères et sœur aînés se sont unis. Son frère Pierre Louis est même décédé en janvier 1855 à l'âge de 31 ans sur un chantier alors qu'il était terrassier dans la commune de Barbâtre sur l’île proche de Noirmoutier.

Recensement de population de Challans 1856

Pendant ce temps là, à la Noue du Pay, le patron reçoit de temps à autre son neveu Jean "Baptiste" Louis PONTOIZEAU (1832-1882) qui vit et exploite avec son père, Louis (1809-1874), la métairie du Ballon dans le quartier dit des Chênes, non loin de là. Le jeune homme boiteux, prénommé Baptiste en famille mais aussi souvent Jean-Louis, lui fait la cour et très vite l'annonce est faite d'un mariage.

Carte postale d'illustration, j'y vois Rose et Baptiste endimanchés

Une communauté familiale

Le mariage est célébré le 5 novembre 1856 à la mairie de Challans à 10 heures du matin.
Baptiste a 24 ans et Rose 25. Leurs pères, deux Louis, sont présents et consentants.
Baptiste, tout comme Rose fut orphelin de mère dans l'enfance et son père est donc accompagné de sa seconde épouse Rose ABILLARD (1797-1863), tandis que le père de Rose est veuf depuis quelques semaines. Son patron, Jean HUGUET est son témoin, et devient ainsi son oncle par alliance. Mariés, parents et témoins déclarent ne savoir signer.

Après de nombreuses années passées à la Noue du Pay au service de la famille DEVINEAU puis HUGUETRose s'installe dans la communauté familiale PONTOIZEAU au Ballon, sous l'autorité de son beau-père. A son arrivée dans la famille PONTOIZEAU, le foyer est ainsi composé :
  • le patriache, Louis 47 ans, 
  • son épouse, Rose ABILLARD, 59 ans, 
  • Baptiste, 24 ans, 
  • Auguste, 22 ans,
  • Marie-Rose, 18 ans
  • et Henriette, 14 ans.
Extrait du cadastre napoléonien de Challans 1832

Elle a tout juste pris ses repères au Ballon, lorsque très vite Rose est enceinte.

Son premier enfant voit le jour le 7 septembre 1857 à 23 heures, il est prénommé Jean-Louis.

Seulement quelques jours plus tard, elle apprend le décès de son père. Louis MARTINEAU est mort chez lui dans sa maison au moulin de la Chaussée, là où il était né 61 ans plus tôt, car il décède le jour de son anniversaire, le 28 septembre.

Très rapidement après le deuil, la succession du père MARTINEAU est gérée par l'ensemble de la nombreuse fratrie. A cet événement, la fratrie compte 10 enfants vivants dont de nombreux encore mineurs (mais 11 héritiers avec son neveu orphelin). Les "petits" MARTINEAU sont tous placés comme domestique ou servante dans les environs :
  1. Jean-Marie, 20 ans, domestique à la Guelerie de Soullans, 
  2. Marie, 17 ans, domestique aux Rouches de Soullans, 
  3. Auguste, 15 ans, domestique à la grande Jalonnière de Sallertaine,
  4. Rosalie, 12 ans, domestique au Porteau de Challans, 
  5. Louis, 9 ans est quant à lui placé à Bel Air du Perrier (sans doute dans la famille ?!).
Après un accord, la maison familiale, et son jardin attenant, est vendue. Nul besoin de chercher longtemps un acheteur, le meunier Joseph MOUILLEAU, propriétaire de nombreuses parcelles au moulin de la Chaussée, l'achète pour 300 francs en décembre par devant Me BOUHIER, notaire à Challans. 


Extrait de l'acte de vente

Les majeurs reçoivent chacun 27 francs et 27 centimes, et pour les mineurs, l'acheteur s'engage à les payer au fur et à mesure de leur majorité !

La maison natale de Rose quitte donc la famille MARTINEAU. Même si elle ne doit avoir aucun souvenir de sa prime enfance dans ladite maison, je ne doute pas que la vente de la maison ancestrale ne la touche. Celle de sa tante, a été vendue quelques années plut tôt, en 1853, après son décès.
La déclaration de succession de son père est faite en mars 1858.

Quelques saisons passent, Rose est maintenant sur le point de donner naissance à son deuxième enfant en ce début d'année 1861. Le petit Auguste voit le jour au Ballon le 12 février à 23 heures. Son oncle paternel (et parrain), Auguste et son grand père déclarent sa naissance à la mairie le lendemain. Baptiste est sans doute resté auprès de son épouse.

Les semaines passent, le printemps est là et Rose a 30 ans. 

Recensement de population de Challans 1861, l'âge de Rose (Marie) et son époux est erroné

Puis quelques mois passent, et elle est de nouveau enceinte.
Elle met au monde sa première fille le 16 décembre 1862 à midi, Marie-Rose Angélique.
Cette fois ci, Baptiste, son frère Auguste et son père Louis font la déclaration à la mairie.

Seulement quelques semaines plus tard, la femme du patriarche du Ballon, Rose ABILLARD, décède dans la nuit du 5 au 6 mars 1863. Elle était âgée de 65 ans, ses beaux fils Baptiste et Auguste déclare son décès.
Avec ce décès, Rose devient la seule femme de la métairie, même si ses belles soeurs, Marie-Rose 24 ans et Henriette 20 ans, sont devenues des jeunes filles "bonnes à marier".

Son beau-père décide rapidement de se remarier et c'est chose faite en novembre.
C'est donc jour de noces, le 6 novembre au Ballon, Louis, alors âgé de 54 ans, vient d'épouser en troisième noce Marie-Anne JOLLY, veuve de Jean PEROCHAUD (1809-1862), âgée de 51 ans. Le couple PEROCHAUD vivait non loin du Ballon, dans la ferme des Rigonnières des Chênes. Marie-Anne rejoint donc la communauté familiale PONTOIZEAU au Ballon avec sa dernière fille Marie (1846-1908).

Concomitamment à cette nouvelle union, le patriarche PONTOIZEAU prend en charge une métairie plus grande et installe sa communauté familiale à la métairie du Caillou Blanc, aussi dans le village des Chênes, à quelques centaines de mètres du Ballon. Cette métairie est une construction récente, puisqu'elle n'existait pas en 1832 à la création du cadastre de ladite commune.

Extrait d'une carte de 1887

Cette installation est faite après la signature d'un bail avec le propriétaire, Philippe YGNARD (ou IGNARD) (1795-1868), avocat à Paris et propriétaire depuis une trentaine d'années des terres des Chênes, qui comportent outre le logis, plusieurs métairies et borderies, dont la métairie du Ballon que les PONTOIZEAU exploitaient auparavant. (n'ayant pas encore fait de recherches sur le sujet, il se peut que le propriétaire ayant nouvellement construit la métairie du Caillou Blanc la propose à son métayer PONTOIZEAU, à suivre ...)

logement de la métairie du Caillou Blanc aujourd'hui, quelques peu modifié et à l'abandon
Pour une meilleure gestion, on conseille au patriarche de créer une société agricole. Cette création est faite devant notaire, Me HERBERT, en son étude dans le bourg de Challans, le 1er janvier 1864, tous les membres sont présents, sauf Rose restée à la métairie avec ses enfants. 

"Plusieurs articles définissent ladite société :
  1. Création pour l'exploitation de ladite métairie du Caillou Blanc
  2. PONTOIZEAU père est le chef et administrateur 
  3. La durée de la société est illimitée, seul le décès de PONTOIZEAU père mettra fin à ladite société. Le départ ou décès des autres membres n'entraîneront aucun changement.
  4. chaque membre y apporte ses biens meubles ainsi que son travail. Si un des enfants quitte la société, ses biens y resteront.
  5. tous les membres de la société seront nourris, vétus, chauffés et soignés par la société tout le temps de leur présence dans ladite société.
  6. la société est fondée aux proportions suivantes : 
    • le couple fondateur pour 4/16,
    • et les enfants pour 12/16 à part égale.
  7. en cas de départ ou décès des enfants PONTOIZEAU, eux ou leurs héritiers pour la valeur de leurs biens resteront néanmoins dans la société jusqu'au décès de PONTOIZEAU père."
Cet acte est rédigé en présence des trois fils de Marie-Anne JOLLY :
  • Jean (1835)
  • Alexis (1838-1876)
  • Jean "Louis" (1842-1898), tous les trois domestique sur la commune.
Voici donc au 1er janvier 1864, la communauté familiale PONTOIZEAU établie en société agricole en bonne et due forme. Pour le quotidien de Rose, rien ne change ... si ce n'est qu'une nouvelle femme devient sa "patronne".

Peu après, le patriarche ne décolère pas lorsqu'il apprend que sa cadette, Henriette, est enceinte ! Rose était sans doute dans la confidence depuis quelques temps. 
C'est à cette même période que son autre belle sœur, Marie-Rose épouse Louis PEIGNE (1832-1900) un jeune veuf de 31 ans. Cette union est célébrée le 1er février 1864. Marie-Rose quitte donc la communauté familiale pour s'installer avec son époux au village des Vignes.

Avec l'aide de Rose et de sa belle-mère, mais aussi et surtout de la sage-femme Gracieuse TESSON, Henriette, alors âgée de 21 ans, accouche d'un petit garçon le 8 mai au matin. Il est prénommé Joseph "Pierre". Il y a maintenant quatre enfants au Caillou Blanc.


jeudi 27 juin 2019

A l'origine d'une maison ancestrale

Toujours sur l'étude des maisons ancestrales (vous pouvez lire le billet aux prémices de cette étude ici), j'en viens à l'entrée de la (les) maison(s) de la Crulière de la Vineuse dans la famille GARNIER au cours du XIXème siècle.

Un lieu 


La Vineuse autrefois une paroisse puis une commune vendéenne jusqu'en 1828, année de fusion avec la commune voisine du Simon pour devenir le Simon-la-Vineuse. Plus récemment, la commune fut rattachée à celle de Ste Hermine.

Carte de Cassini

Un individu


L'aïeul "pilier" de ces maisons est Jean GARNIER (1787-1848), fils de Jean (1756-1792) et de Marie ARGNON (1754-1809).
Natif de la commune du Simon, son père y décède alors que Jean n'a pas encore 5 ans. Sa mère, veuve repart vivre dans sa commune natale, Ste Pexine, où elle possède une maison dans le village des Touches suite à la succession de son père (décédé en 1790), elle est dite bordière. C'est donc là que Jean grandit.

Une, puis deux maisons


Grâce à la déclaration de succession de mon aïeul, Jean GARNIER, enregistrée le 28 juillet 1848, je savais qu'il possédait, entre autres, deux maisons dans le secteur de la Crulière à la Vineuse.

Par ailleurs, lors de la création du cadastre de la commune en 1828, Jean ne possédait alors qu'une seule maison, cadastrée B 624, celle où il vivait. Il avait donc acquis la deuxième entre 1828 et son décès. Celle-ci étant cadastrée B 622.

J'ai facilement réussi à trouver le "parcours début-fin" de cette deuxième maison : 
  • un achat sur une vente par adjudication des biens des héritiers METAYER en février 1843, 
  • une vente en avril 1889, par Eléonore LARIGNON (1863-1932), la veuve de Louis MAJOU (1863-1888), petit fils de Jean, et mes arrière arrière grand parents.

Pour l'autre maison, c'était un peu plus compliqué. La vente en avril 1881 par Henry GARNIER (1818-1885), fils de Jean, ne m'apporta pas d'information sur l'origine de ladite maison, hormis qu'elle lui venait de la succession de son père.

Extrait du plan cadastral du bourg de la Vineuse

En remontant le temps, rien dans les tables de l'Enregistrement, dites des vendeurs et des acquéreurs, concernant l'acquisition de la maison !

Par contre, sur lesdites tables, j'appris que mon aïeul échangeait en février 1812 une terre et qu'à cette date il vivait déjà à la Vineuse.

Sachant par ailleurs, que cet aïeul fut militaire dans l'armée napoléonienne au 56ème Régiment d'Infanterie de Ligne du 12 mars 1807 au 12 novembre 1809, j'estimais donc son arrivée à la Vineuse entre novembre 1809 et février 1812. 
Mais malheureusement aucun achat de maison dans cette période !

Le frère de Jean, Louis (1783-1854), vivait alors dans la maison des Touches de Ste Pexine, qu'il avait hérité suite au décès de leur mère fin 1809 (je n'ai pas encore étudié en détail cette maison ancestrale).

En analysant la famille de Jean à cette époque, j'y aperçois un grand oncle, Jacques GUYON (1737-1815), oncle maternel de sa mère, vivant depuis plusieurs années sur la paroisse/commune de la Vineuse. J'y vois alors une piste sérieuse.

Je m'empresse donc à consulter la déclaration de succession de ce grand oncle, enregistrée le 17 mai 1816. Et là, tout devient limpide : ce grand oncle, marié avec Madeleine PELLETIER (1746-1819), sans enfant, a fait donation par testament, chez Me JOUSSERANT en date du 18 juin 1815, de la moitié de tous ses biens en nue propriété (l'usufruit à son épouse) à son petit neveu Jean GARNIER et l'autre moitié à la sœur veuve de son épouse, Jeanne PELLETIER (1749-1820) veuve METAYER.

Extrait du testament de Jacques GUYON chez Me JOUSSERANT du 18 juin 1815

J'en déduis donc que Jean, de retour de son cursus militaire et orphelin de père et de mère, est venu s'installer, durant l'année 1810 (après la déclaration de succession de sa mère, faite en juin), chez son grand oncle pour lui apporter l'aide de sa jeunesse. Sans enfant, ce dernier avait donc "récompensé" Jean par cette donation !

Détail de l'histoire 


En revenant à l'autre maison, acquise en 1843 des héritiers METAYER, je m'aperçois qu'il s'agit tout simplement des enfants de Jeanne PELLETIER !
En fait, Jean a acheté l'autre maison de son grand oncle, pour réunir une grande partie du patrimoine de ce dernier ...



J'en sais maintenant un peu plus sur l'origine de ces maisons ancestrales de la Crulière de la Vineuse.


En résumé :
ne jamais négliger les liens familiaux collatéraux, même un peu lointains, pour retrouver l'origine des maisons de nos ancêtres !





jeudi 16 mai 2019

Un couple anachronique

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un couple bien particulier dans mon ascendance, celui de Jean BAUDOUIN (ca 1646-1740) et de Marie BOUYER (ca 1646-1716).

Ce couple est en effet particulier par au moins deux faits :
  1. je descends de chacun mais pas par leurs enfants communs, 
  2. Jean se trouve à la 10ème génération de mon ascendance avec le numéro sosa 1018 et son épouse, 3 générations plus haut, avec le numéro sosa 7959 !

Je vais maintenant vous exposer le pourquoi du comment.

Marie BOUYER, née vers 1646, fille de Paul et de d’Elisabeth PASQUIER, couple de foi protestante, dont les enfants (nés après Marie) sont baptisés en l’église réformée de Foussais (85) entre 1648 et 1654.

Marie s’unit en premières noces avec un certain GIBAUD, dont j’ignore le prénom, né vers 1640 et fils d’Etienne et de Jeanne ROUSSEAU, sosa 7958. Cette union se situe vers 1670-1672 et vraisemblablement dans la foi protestante. 

Marie donne naissance à au moins trois enfants :
  • Marie (mon aïeule, sosa 3979) vers 1674
  • Catherine vers 1675
  • Etienne vers 1676
Marie est veuve aux environs de l’année 1677.

Très vite, elle se remarie avec Jean BAUDOUIN, un "trentenaire" de la même foi qu’elle, fils de Pierre (ca 1599-1686). 
Marie met au monde plusieurs enfants :
  • Françoise vers 1679
En 1681, les dragons du roi sont partout en Poitou pour faire abjurer leur foi à grand nombre de protestants.

Ensuite, Marie et Jean font baptiser dans la foi catholique en l’église de Foussais :
  • Jeanne, née le 15 février 1683
  • Jean, né le 29 avril 1686
Les années s’écoulent, les enfants grandissent et les deux premières filles de Marie s’unissent le même jour, le 16 novembre 1701, avec respectivement Pierre BRECHET (sosa 3978) et Jean BRIFFAUD. La fille aînée du couple, Françoise, se marie une semaine plus tard avec François MAMOUR.
Entre temps, en mai de la même année, Jean avait assisté à l’inhumation du beau-père de sa femme, Etienne GIBAUD, âgé d’environ 86 ans ! (ce dernier était aussi le beau-père du frère de Jean ...)

Les autres enfants s'unissent aussi avant le milieu de cette décennie.

Une autre décennie passe, et Marie, sans doute bien fatiguée par cette vie, s'éteint à l'âge d'environ 70 ans, chez elle à Foussais, le 17 décembre 1716. Son inhumation se fait en présence, entre autre, de ses gendres (son fils Etienne est décédé prématurément en 1709) et bien entendu de son "mary". 


Ce dernier, âgé d'environ 70 ans aussi, pourrait finir sa vie tranquillement, mais une autre destinée l'attend ...

Alors qu'il est grand père, Jean décide de se remarier, malgré son âge avancé, avec une "vieille fille", Marie CHARON, née vers 1682, et qui a donc l'âge de ses filles !

L'union est conclue en l'église de Foussais, le 1er février 1719. 
Jean a environ 72 ans et Marie environ 36 ans (âges estimés selon leur âge au décès).


Jean est sans doute ragaillardit par sa jeune épouse, et cette dernière lui donne trois enfants :
  • Marie Jeanne né le 21 janvier 1720 (mon aïeule, sosa 509)
  • Jean en 1722
  • et enfin, Marie vers 1725.
Le fait de côtoyer ses jeunes enfants, lui donne un coup de fouet et sa vie s'allonge jusqu'en 1740.

Lorsqu'il décède, le 12 mars 1740, Jean est dit âgé d'environ 94 ans ...


Son épouse, malgré leur différence d'âge, le rejoint très vite, le 11 janvier 1742 à environ 60 ans.

Jean BAUDOUIN a donc élevé, avec 40 ans d'intervalle, deux de mes ancêtres, Marie GIBAUD (12ème génération), sa belle-fille, et Marie Jeanne BAUDOUIN (9ème génération), sa fille.

Dans la trame de ce récit, j'ai pris le parti de conserver l'année de naissance de Jean calculée via son décès, même si j'estime que son cet âge est sans doute surévalué, il doit en effet avoir quelques années de moins, mais cela ne change pas grand chose à cette histoire.

Vous savez maintenant pourquoi, le couple atypique formé par Jean BAUDOUIN et Marie BOUYER, unis dans une foi qu'ils ont du abjurer, se retrouvent l'un et l'autre dans mon ascendance avec 3 générations d'écart !