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vendredi 20 septembre 2019

Un RDVAncestral furtif


Nous sommes samedi matin, le 21 septembre. C’est bientôt la fin de l’été. Ce weekend a lieu notre cousinade bisannuelle.

Je suis encore au lit et je peine à me lever. Je ferme les yeux et je replonge dans un léger sommeil …

Je sursaute au tintement des cloches, onze coups. Je suis assis sur un banc sur la place de l’église dans un bourg que je ne connais pas. Que s’est-il passé ? Où suis-je ?

En regardant autour de moi, les tenues vestimentaires des quelques personnes qui vaquent à leurs occupations me semblent désuètes. A quelle époque suis-je donc ?


Il fait déjà chaud et j’ose interpeller une vieille dame, avec son fichu sur la tête et son cabas sous le bras, qui se déplace avec une canne :

« Bonjour madame, ma question risque de vous surprendre mais pouvez-vous me dire quel jour nous sommes ? »
« Bonjour monsieur, ma foi, nous sommes le 11 août »
« Le 11 août, c’est bien cela mais de quelle année ? »
« Comment ça vous ne savez quelle année nous sommes ?? »
« Oui je sais cela peut paraître surprenant mais non je ne le sais pas ! »
« Vous me semblez bizarre monsieur, mais je vais tout de même vous répondre, nous sommes en 62 »
« Merci beaucoup madame je ne vous dérange pas plus longtemps, bonne journée »

Me voilà donc le 11 août 1962 dans un village que je ne connais pas … quelle diablerie encore !

Je me décide à faire quelques pas pour découvrir ce village et essayer de retrouver son nom, sans à avoir à le demander pour ne pas paraître encore plus « bizarre ».

Je me dirige donc vers l’entrée du bourg pour y découvrir le panneau indicateur et je lis : Saint Jean de Boiseau
Sans avoir eu le temps de réfléchir, une voiture d'époque, une Renault 4 chevaux de couleur vert amande, s’arrête à mon niveau. 


Au volant, un jeune homme d’environ 25 ans, et côté passager, un homme d’une soixantaine d’années, l’un et l’autre semble ne pas être d’accord et le jeune homme ouvre sa portière et me demande :

« bonjour, nous cherchons la maison de Joseph BLANCHARD, vous savez par où c’est ? »

Et là, je suis stupéfait, je viens de comprendre, mon cerveau bouillonne et mon cœur bat très fort. Je peine à répondre sans bafouiller :

« bonjour, désolé mais je ne suis pas d’ici, je ne pourrais pas vous renseigner »
« ah tant pis alors »

Le jeune homme referme sa portière et l’homme plus âgé agacé s’emporte. Avant que la voiture ne reparte, j’aperçois à l’arrière une très jeune femme avec un bébé dans les bras, et aussi une quinquagénaire qui semble être tout aussi agacée que le passager avant.

Je n'en reviens pas, je suis tout chamboulé, ce voyage temporo-spatial complètement surréaliste vient de me mettre furtivement en contact avec mes parents et grand parents paternels, ainsi qu’avec ma sœur aînée (alors qu’un nourrisson) !

En effet, en août 1962, ce sont les premières vacances où mon père, jeune papa (avril) et jeune marié (octobre 1961), mais surtout, jeune conducteur après l’obtention de son permis (septembre 1961) et l’achat de sa première voiture, a pu conduire ses parents de Charente-Maritime vers la Loire Atlantique. Cette expédition pour voir, tout d’abord, leur fille aînée (à l'époque concubine de Joseph BLANCHARD), avant de redescendre en Vendée revoir leur fratrie, neveu et cousins. Ce sont donc aussi les premières vacances estivales de mes parents …

Pour mon père, c’était une grande fierté de pouvoir emmener ses parents et sa famille en vacances, il a été le premier à obtenir son permis de conduire !


samedi 16 mars 2019

RDVAncestral devant l'entrée du cimetière

Me voilà dans le bourg de Damvix, en plein cœur du marais poitevin. Je ne sais quelle est la date du jour, mais nous sommes un dimanche, un magnifique dimanche ensoleillé, les oiseaux chantent et annoncent un printemps prochain. La messe dominicale vient de se terminer depuis quelques minutes, les cloches de l'église sonnent ...

Je ne sais pas encore pourquoi je me retrouve devant l'entrée du cimetière, en plein bourg, à quelques mètres de l'église. Cette église là, je ne l'ai jamais vu puisque démolie pour faire place à une nouvelle construite au même endroit au milieu du 19ème siècle.

Je suis complètement dépaysé, ce cimetière à cette endroit là du bourg me perturbe aussi, pourtant ce bourg je le connais bien mais tout est tellement différent, et tellement moins de maisons ...

Les villageois regagnent peu à peu leur maison après ladite messe, certains descendent vers le port, à l'opposé du cimetière, pour retrouver leur "plate" afin de prendre la Sèvre Niortaise pour rentrer chez eux via les voies d'eau.


Les villageois qui me voient devant le cimetière me saluent et, sans aucun doute, me trouvent suspect.
Quelques personnes entrent dans le cimetière et vont se recueillir sur les tombes de leurs proches.

J'observe, discret, ces scènes de recueillement dans ce cimetière emplie des croix de bois, très rare sont les stèles en pierre. Je vois quelques tombes dont la terre a été récemment retournée.
En appréciant tous ces éléments,  j'estime être dans le premier quart du 19ème siècle.

Le temps s’assombrit, quelques cumulus voilent le soleil. 
Sans l'avoir aperçu auparavant, un jeune garçon d'un aspect chétif, que j'estime être âgé d'une dizaine d'années, est assis par terre à quelques mètres de moi et m'observe. Le garçonnet se lève et s'approche de moi. Dans un patois que je comprends étonnamment, il dit : "bonjour, Frédéric, maman m'a dit que tu allais venir me voir, elle avait raison". 
Très surpris, je commence par lui demander comment il se nomme, il me répond : "Je suis Louis BOUCHET".


Quelques secondes pour me remettre de cette approche surprenante, et le petit Louis me prend la main, comme s'il me connaissait depuis toujours, et me demande de le suivre ...

Je l'interroge alors : "Tu es donc le fils de Jacques et d'Elisabeth ?

Louis me répond : "oui bien sur, et maman, avant d'aller au ciel m'avait dit que tu n'allais pas tarder à venir me voir !"

"Ah bon ?!, mais comment sais tu que je suis le Frédéric dont ta maman t'a parlé ?"

Louis me raconte alors ce qu'Elisabeth, sa mère, lui avait dit : "quelques jours après que je sois parti au ciel, Frédéric viendra d'un autre temps et t'attendra devant le cimetière pour te voir et te dire que je ne suis plus malade et que je prends soin de toi de là haut"

A ce moment, là, Louis qui me tient toujours fermement la main, s'arrête devant une tombe dont la terre est encore humide d'un ensevelissement récent et dont la croix de bois a été nouvellement plantée. De sa voix qui est devenue plus émue, il me dit : "c'est ici que le corps de maman a été enterré la semaine dernière", il rajoute en sanglotant : "alors c'est vrai qu'elle ne souffre plus et qu'elle va prendre soin de moi depuis le ciel ?"

Ma réponse ne peut être qu'empathique et bienveillante envers ce petit garçonnet attristé par la disparition récente de sa maman : "Oui, elle est maintenant sereine et apaisée, et comme je suis là avec toi comme elle te l'avais dit, tu peux me croire, elle nous regarde de là où elle est, et souhaite que tu deviennes un jeune homme courageux, que tu sois heureux, et que tu vives de très nombreuses années ..."

Louis, qui me regarde affectueusement, ne pleure plus, il me sourit et me dit "Merci Frédéric". 
Il me lâche la main et on entend alors une grosse voix criée "Louiiissss !!!". Cette voix qui me semble familière est venue d'une maison assez proche du cimetière. En effet, la maison familiale BOUCHET ne se trouve qu'à quelques dizaines de mètres dudit cimetière. 

Le garçonnet me dit alors : "c'est papa". Il se dirige vers l'entrée du cimetière, là où nos regards se sont croisés quelques minutes plus tôt, et après quelques pas, il se retourne vers moi et me lance d'une voix malicieuse "à bientôt Frédéric !".

Très ému de cette rencontre complètement impromptue, je met quelques minutes à vraiment réaliser que je suis devant la tombe de mon aïeule Elisabeth THIBODEAU
Cette dernière est décédée en fin de nuit, le dimanche 16 mars 1806, dans sa maison du bourg de Damvix à l'âge de 48 ans. 
Quelle émotion en effet, d'avoir pu durant quelques minutes, côtoyer et échanger quelques mots avec son fils Louis, né en janvier 1796. Louis, ce garçonnet de 10 ans, qui deviendra l'arrière grand père de mon grand père maternel ... 

Maintenant seul dans le cimetière, je m'agenouille devant la tombe d'Elisabeth et ferme les yeux ... 



samedi 21 juillet 2018

RDVAncestral : dans la peau d'un tiers en mai 1884

Aujourd’hui, c’est le jour de mon 3ème RDVAncestral …

Me voici dans la peau de François LAVAUD, 59 ans, propriétaire sur la commune vendéenne de St Sigismond, au cœur du marais poitevin, nous sommes le samedi 17 mai 1884.

Près de la vieille Autise, à quelques centaines de mètres du bourg dudit St Sigismond, là devant l’unique maison qui borde le canal. Le printemps bat son plein, la végétation du marais couvre le chemin de halage, les oiseaux chantent leur joie printanière.



J’attends l’arrivée de Me GIRAUD, le notaire du canton, et de son associé Me JAMOIS. Ils m’ont mandé pour les assister dans la maison qui se trouve devant moi, aux fins d’un inventaire de biens meubles de la veuve MARTIN. Ladite veuve a demandé auxdits notaires de faire cet inventaire pour préserver les enfants nés de son union avec son défunt époux, Alexandre MARTIN, décédé ici même il y a quelques années.

Dans la maison, j’entends les voix de la veuve et de son beau-frère, le frère de son défunt époux, Auguste, qui a été nommé subrogé tuteur de ses neveux et nièce il y a quelques jours. Ce dernier est venu de chez lui, le village de la Tiffardière de la commune de St Liguaire, en bateau, par la Sèvre puis l’Autise, d’ailleurs son bateau est là devant moi attaché à un piquet.



Dans la maison , la pendule de la veuve MARTIN, sonne alors les ¾ de l’heure de midi et la carriole des notaires arrivent sur le chemin de halage.
Nous nous saluons quand la veuve MARTIN, sort de sa maison, et sur son pas de porte, nous invite à entrer.

Après quelques minutes d’une conversation courtoise et quelques mots sur la raison de notre présence à tous ici, Me GIRAUD dicte à son collègue, bien installé pour la rédaction de l’acte notarié, la partie administrative de cet inventaire. La comtoise sonne alors un coup, il est en effet une heure du soir.

« A la requête de Madame Marie JOURNOLLEAU sans profession demeurant sur le bord du canal de l’Autise commune de St Sigismond, veuve du sieur Alexandre MARTIN, en son vivant scieur de long décédé au dit lieu le 7 octobre 1877.
Agissant :
1. en son nom personnel à cause de la communauté légale de biens qui a existé entre elle et son défunt mari à défaut de contrat préalable à leur union. A cause des reprises et créances qu’elle peut avoir à exercer contre ladite communauté ou contre la succession de son défunt mari.

2. Au nom et comme tutrice naturelle et légale de :
  • Alexandre MARTIN âgé de 19 ans,
  • Aristide MARTIN âgé de 14 ans, 
  • Marie MARTIN âgée de 12 ans.

Ses trois enfants mineurs issus de son légitime mariage avec feu Alexandre MARTIN.
M.M. Alexandre et Aristide MARTIN et Melle Marie MARTIN habiles à se dire et porter seuls héritiers dudit Alexandre MARTIN leur père décédé.

En présence de :
M. Auguste MARTIN, jardinier demeurant à St Liguaire, Deux-Sèvres.
Subrogé tuteur des mineurs Alexandre, Aristide et Marie MARTIN, nommé à cette qualité qu’il a accepté suivant délibération du conseil de famille des dits mineurs tenu sous la présidence de M. le juge de paix du canton de Maillezais le 8 mai dernier dont une expédition a été représentée aux notaires soussignés.
A la conservation des droits et intérêts des parties et tous autres qu’il appartiendra, sans que les qualités ci-dessus prises puissent nuit ni préjudicier à qui que ce soit mais au contraire sous toutes réserves.

Il va être par Me Benjamin GARNIER notaire à Maillezais et son collègue soussignés procédé à l’inventaire fidèle et description exacte de tous les meubles meublants, habits, linges, hardes, bijoux deniers comptants, titres, papiers, notes et renseignements dépendant tant de la communauté de biens qui a existé entre M. et Madame MARTIN que de la succession du défunt Alexandre MARTIN, le tout trouvé et étant dans les lieux ci-après désignés, faisant partie d’une maison sise sur les bords du canal de l’Autise habitée par les dits époux MARTIN-JOURNOLLEAU.

Sur présentation qui sera faite du tout par Madame MARTIN laquelle avertie du serment qu’elle aura à prêter à la fin du présent inventaire a promis de bien et fidèlement montrer et déclarer tous ce qui à sa connaissance peut dépendre des dites communauté et succession.

La prisée des objets qui en seront susceptibles sera faite par Me GARNIER l’un des notaires soussignés qui prendre l’avis de M. François LAVAUD propriétaire à St Sigismond.
Lecture faite et sous toutes réserves les parties de se requises ont signé avec les notaires à l’exception de Mad. Veuve MARTIN qui a déclaré ne le savoir faire. »

Après avoir signé cette partie administrative de l’acte, Me GIRAUD va commencer à inventorier à haute voix tout ce qui se trouve dans la pièce principale, son collègue va noter minutieusement chaque élément, et je serais à l’écoute des estimations faites pour pouvoir corriger si nécessaire ainsi que la veuve MARTIN et son beau-frère. Juste avant le début de la prisée, la comtoise sonne deux coups …

La prisée commence dans la chambre unique éclairée au midi par une porte et une fenêtre :
1. Une pelle à feu, un trépied, une casserole, un réchaud en fer, un marteau et un soufflet et une petite cruche estimé le tout 5 francs
2. Trois verres, un pot à l’eau, une sallière, un poivrier, deux bouteilles, un verre à pied, une tasse, un charrail et un verre estimés 1 franc
3. Une pendule comtoise avec son boitier estimée 20 francs
4. Un lit à quenouille avec paillasse, ballière, couette, traversin en plumes, oreiller, couverture en laine verte, rideaux et tour de lit en coton bleu estimé 60 francs
5. Un cabinet en bois fort à une porte avec corniche estimé 25 francs
6. Trois parapluies estimés 1 franc 50 centimes
7. Un autre lit à quenouille avec paillasse, ballière, couverture en boulange, traversin en plumes, tour de lit en coton bleu estimé 30 francs
8. Deux sacs contenant environ sept kilogrammes cinq cents grammes de laine estimés contenu et contenant 24 francs
9. Une laiterie estimée 3 francs
10. Six bouteilles, trois fioles, cinq assiettes, deux plats, une soupière, une tasse et trois pots, six cuillères et six fourchettes estimé le tout 1 franc 50 centimes
11. Un fer à repasser, un vilbrequin, une forge, un panier et une boite à pierre à aiguiser estimé le tout 3 francs
12. Une poêle à frire, une cuillère à pot, un petit entonnoir et un pot en fer estimés 3 francs
13. Une passette pour le lait, douze pots à lait, un pot de fer blanc, une buie et un panier à salade estimé le tout avec un sceau en fer blanc 3 francs
14. Une petite glace, une autre glace plus petite estimées 50 centimes
15. Un buffet à deux portes et deux tiroirs surmonté d’un vaisselier estimé 10 francs
16. Douze assiettes, quatre plats, un couvre plat et une brosse estimés 1 franc 50 centimes
17. Quatre chaises en bois blanc foncées en joncs estimées 2 francs 40 centimes
18. Un pétrin estimé 2 francs

Ayant fait le tour des biens dans ladite chambre, nous prenons ensuite l’échelle de meunier pour accéder à un grenier au-dessus de la chambre sise décrite :
19. un chevalet, un rouet, une baratte, deux cruches en paille, une cognée, une paire de vieilles balances en bois, deux pots, une grêle et une vieille scie estimés 3 francs
20. soixante litres de froment estimés 8 francs
21. huit litres de haricots estimés 2 francs

Nous redescendons et sortons de la maison et nous entrons dans une écurie au levant de la chambre ci-dessus : 
22. vingt fagots de bois estimés huit francs
23. une cruche en grès et une demi barrique vide estimées 3 francs
24. une ferrée, un billot, une cognée, une hou, deux coins, un mail, une bouëlle, un baquet, une fourche à trois doigts, une roue de brouette et son essieu, un paquet de cordes et un balai estimés 5 francs 50 centimes
25. un lot de dix moutons et brebis estimés 200 francs



Puis dehors, hors de la maison et de l’écurie, sous le soleil radieux de cette mi mai :
26. un chaudron en cuivre estimé 50 centimes
27. un bateau en mauvais état estimé 2 francs

Ensuite, la veuve MARTIN nous signale que nous n’avions point inventorié son linge rangé dans son cabinet, nous rentrons de nouveau dans la maison et ladite veuve nous ouvre ledit cabinet, on y trouve le linge suivant :
28. dix-huit draps estimés 50 francs
29. six nappes estimées 6 francs
30. quinze torchons estimés 6 francs
31. deux sacs estimés 50 centimes
32. douze chemises d’homme estimées 18 francs
33. quatre kilogrammes de lin estimés 8 francs
34. vingt-quatre chemines de femme estimées 42 francs
35. cinq jupons en laine, cinq justins, douze mouchoirs de poche, douze coiffes, douze bonnettes, une coiffe noire estimé le tout 35 francs

Total de la prisée du mobilier : 593 francs 90 centimes.

Nous finissons de faire ce total de ladite prisée lorsque la demi-heure de la 3ème heure du soir sonne à la pendule de la maison.

La veuve MARTIN déclare qu’elle ne possède pas d’argent comptant.

Voici maintenant l’heure de l’étude des titres et papiers. A ce moment-là, la veuve MARTIN nous déclare que son mari et elle s’étaient mariés sous le régime de la communauté légale à défaut de contrat, que son mari est mort intestat.
Nous commençons par l’étude des titres et papiers propres au défunt. Me GIRAUD dicte à son collègue :

«  Cote première, deux pièces ;
La première pièce de cette cote est l’expédition d’un acte BEGUIER notaire à Niort le 15 août 1868 contenant vente par Alexandre MARTIN et par les cohéritiers dans la succession de Marie RIBREAU épouse d’Abraham MARTIN, sa mère à un sieur Louis MATHE demeurant à St Liguaire d’un champ de cinquante ares situé commune de St Liguaire moyennant un prix de 1370 francs que Mad. Veuve MARTIN déclare avoir été payé avant le décès de son mari.
La deuxième pièce est l’expédition d’un acte du même notaire en date du même jour contenant vente à titre de licitation par les mêmes d’une vigne située commune de St Liguaire dépendant de la succession de Marie RIBREAU. Cette vente a été faire moyennant un prix de 350 francs que Mad. Veuve MARTIN déclare avoir été payé avant le décès de son mari.
M. MARTIN fondé dans ces prix de vente pour 19/80ème a donc touché de ce chef 408 francs 50 centimes dont sa succession doit exercer la reprise.
Mad. Veuve MARTIN déclare que la succession de son mari n’a aucune autre reprise à exercer et qu’elle ne doit aucune récompense. Ces deux expéditions représentées par le subrogé tuteur à qui elles avaient été confiées par les acquéreurs n’ont été ni cotées ni paraphées. »

Nous voici arrivé, à l’étude des titres et papiers des acquêts de la communauté MARTIN-JOURNOLLEAU.  La veuve MARTIN nous sort une pièce unique :

« Cote deuxième, une pièce ;
La pièce unique de cette cote est l’original d’un acte sous signature privée en date à St Sigismond du 23 décembre 1868 enregistré contenant vente par un sieur Pierre GELLE à Alexandre MARTIN d’un pré marais sis au tènement des Bourgnons commune de St Sigismond contenant 6 ares. Cette acquisition a été faite moyennant un prix que Mad. MARTIN déclare avoir été payé. Cette pièce a été paraphée et inventorié comme pièce unique de la présente cote. »

Là, la veuve MARTIN, nous indique que la maison où nous sommes actuellement, pour faire cet inventaire, a été construite par elle et son mari sur ledit terrain au cours de l'année 1870.
Me GIRAUD demande ensuite à ladite veuve s’il existe des créances et des dettes dans les communauté et succession. Elle déclare :

« Qu’à sa connaissance il ne dépend aucune créance de la communauté qui a existé entre elle et son mari.
Par contre, il est dû :
1. A M. ROBIN JARRILLON pour prêt en principal 500 francs.
2. Au même pour deux années d’intérêts 50 francs.
3. Au même pour le coût du renouvellement de l’inscription qui garantit cette créance 10 francs 45 centimes.
4. A M. Charles LALUBRIE propriétaire à Oulmes une somme de 900 francs restant due sur le prix d’une vente de bois faite à Alexandre MARTIN dans le courant du mois de novembre de l’année 1874.
5. A M. PERRIN Jean maçon à St Sigismond pour travaux faits à la maison du vivant du mari 40 francs. Mad. MARTIN déclare que sur ce même compte elle a depuis le décès de son mari payé au sieur PERRIN une somme de 93 francs.

Le total des déclarations passives sont donc de 1593 francs 45 centimes. »

Le moment est alors venu pour la veuve MARTIN de prêter serment :

« de n’avoir rien pris ni détourné, vu ni su qu’il ait été rien pris ou détourné par qui que soit et d’avoir fidèlement fait comprendre au présent inventaire qu’elle a affirmé sincère et véritable, tout ce qui à sa connaissance peut dépendre des dites communauté et succession. »

Me GIRAUD signale à la veuve MARTIN que tous les objets inventoriés sont demeurés en sa garde et possession, cette dernière le reconnait et s’en charge pour en faire représentation quant et à qui il appartiendra.

Nous voici donc arrivé à la fin de cet inventaire et les notaires, après avoir signé l’acte nous invite moi, François LAVAUD et Auguste MARTIN à en faire de même.

Nous nous exécutons au moment où sonnent quatre coups à la pendule.



Nous discutons encore quelques minutes puis les notaires se retirent et montent dans leur carriole. 
Je salue aussi la famille MARTIN avant de partir. Je quitte la maison, dehors je me retourne quelques secondes devant la maison ....



Puis, je suis le chemin de halage pour regagner le bourg de St Sigismond …

Quelques pas seulement, je lève la tête vers le ciel, je regarde ce ciel bleu sans aucun nuage, je ferme les yeux, un silence d’une seconde avec un souffle de vent, et me revoilà de nouveau en 2018, et j’ai « regagné » mon corps …

Très content d’avoir pu participer, côtoyer, vivre durant ces quelques heures, dans le corps d’un tiers, à ce moment important de la vie de mes ancêtres, dans la maison d’Alexandre MARTIN (1841-1877) et Marie JOURNOLLEAU (1839-1924), celle qui deviendra plus tard « Néné Lu ».



samedi 19 novembre 2016

Ysabelle SORIN, un #RDVAncestral au 16ème siècle

Aujourd’hui pour le RDV ancestral de novembre j’ai fais le choix d’aller à la rencontre de mon aïeule la plus ancienne pour laquelle j’ai retrouvé l’acte de baptême.

Cette aïeule est ma sosa 18027 à la 15ème génération du côté paternel de mon ascendance, Ysabelle SORIN alias Yzabeau.



Pour ce RDV ancestral avec toi Ysabelle, je dois me rendre à Challans en Vendée, mettre en route la machine à remonter le temps, traverser quasiment 5 siècles et m’arrêter  sous le règne du roi François 1er, le 20 du mois d’avril de l’année 1534, je te trouve là en l’église Notre Dame de ce bourg du nord-ouest du Bas Poitou.

Extrait d'une carte du Poitou

Ce jour-là, c’est le jour de ton baptême, tu es sans doute née depuis peu de temps, tu es la fille de Guillaume SORIN et de Gillette COUTANCEAU, ton acte de baptême sera rédigé en latin par le prêtre, ton prénom latinisé est donc Ysabella et celui de ta mère Egidie. Tes parents ont environ la trentaine et tu as déjà un grand frère de 3 ans, Denis. Tu auras au moins une petite sœur en 1537, Pétronille alias Perrine. Pour te tenir sur les fonts baptismaux, pas moins de 4 marraines et 2 parrains.
Tes marraines : Bonnaventura BRUNETEAU, Ysabella DUPREAU épouse de Bonnaventure BRUNETEAU et enceinte de quelques mois, Anne BAUDET ta cousine germaine et nièce de ta mère, et Marie BODARD. Jehan BRIEND et Emeuri GARREAU seront quant à eux tes parrains.

Baptême en latin d'Ysabelle, source AD85 en ligne

Toi Ysabelle, le nouveau-né que l’on baptise aujourd’hui dans cette église, tu seras prénommé dans la vie courante Yzabeau et après ton mariage vers tes 17 ans dans cette même église avec Simon BRIEND tu donneras naissance à environ une douzaine d’enfants, ta première née en 1552 portera le prénom de ta mère et d’année en année d'enfant en enfant, ceux que j’ai retrouvé après Egidie, viens Marie en 1557, Simon en 1558, Gillette en 1561, Etienne en 1564, Pierre en 1566, Charles en 1568, Marie en 1570, puis un autre Pierre en 1573 et ton dernier né Collas voit le jour en 1575, tu auras alors 40 ans … de tes enfants, je n’ai retrouvé que trois qui se marieront, mon aïeule Gillette (dont j’ai déjà parlé lors du challengeAZ de 2015), et tes deux derniers fils Pierre et Collas.

Beaucoup de lacunes dans mes connaissances sur ta vie Izabeau, ton environnement et la façon dont une femme pouvait vivre en ce XVIe siècle dans cette paroisse de Challans.

Vivras-tu dans le bourg de la paroisse ou dans un hameau à l’écart ? 
Quelle profession exercera ton époux Simon, artisan ou laboureur ? 
Assisteras-tu au mariage de tes enfants ? 
Vivras-tu de longues années ou ta vie sera-t-elle courte ? 
As-tu laissé un bon souvenir à ton petit fils Denis pour qu’il prénomme sa fille Isabelle comme toi 79 ans après ta naissance ou est-ce un pur hasard ?

A toutes ces questions tu ne peux et je ne peux y répondre malheureusement …

Alors un jour, peut-être, je reviendrais vers toi, ce même jour, pour t’en dire plus sur ta vie future …

samedi 15 octobre 2016

Françoise HILLAIRET, mon premier RDV Ancestral

Aujourd’hui  c’est le jour de mon premier RDV ancestral, ces RDV ont été initiés par le généalogiste Guillaume CHAIX, qui tient le blog « le Grenier de nos Ancêtres », voilà son idée de départ :

« L’idée est assez simple : tu pars à la rencontre d’un-e de tes ancêtres à une époque donnée et tu racontes ce que tu veux autour de ça. Le but étant de mêler littérature et généalogie. C’est un bon prétexte pour faire de l’histoire, de la généalogie et en même temps pour révéler une part d’intime, cette part qui nous touche tous quand on fait de la généalogie.
La forme est évidemment libre et appartient à chacun-e qui souhaitera partager son rendez-vous. On peut imaginer un dialogue, ou pas. On peut imaginer à peu près tout ce que l’on veut en tenant compte de seulement trois contraintes : une rencontre avec l’un de ses ancêtres, le fait que cette rencontre doit avoir lieu dans l’époque de l’ancêtre en question et la dernière contrainte serait de publier ce rendez-vous le troisième samedi de chaque mois ! »

Pour ce RDV ancestral, je me retrouve dans le marais poitevin, plus précisément dans le village de Nessier sur la commune de Benet en Vendée,  je suis devant le numéro 14 de la rue de la Fontaine.

Extrait de GOOGLE Maps

C’est là, que j’ai RDV avec mon aïeule Françoise HILLAIRET, ma sosa 57 à la 6ème génération … 

Alors je ferme les yeux, je compte jusqu’à 10 et durant ces quelques secondes la machine à remonter le temps s’est mise en route …

Quand j’ouvre les yeux, nous sommes maintenant le mardi 17 mars 1863, il est 2 heures et demi du soir, je ne suis plus sur une rue goudronnée mais sur un chemin, devant moi une petite maison avec un grenier au-dessus, à coté une écurie avec une grange à foin, je me retourne et derrière moi sur le terrain un petit hangar avec un four et un fournil. Voilà donc l’endroit où j’ai RDV avec mon ancêtre.

Ce que je ne vous ai pas encore dit, c'est que Françoise, âgée de 51 ans depuis le 28 février, est malade et alitée et qu’outre son RDV avec moi, d’ici quelques minutes, elle aura un autre RDV, celui avec Maitre GIRAUD, le notaire de famille pour tester.



Avant d’entrer dans ta maison Françoise, cette maison familiale dont tu as hérité après le décès de tes parents il y a une trentaine d’années, cette chaumière où ta mère Françoise DAZELLE est née en 1774, cette maison construite peu de temps avant cette naissance, il y a 90 ans par ton grand-père maternel Pierre DAZELLE lorsqu’il est arrivé dans ce marais pour exploiter quelques terres et qu’il est devenu ce que l’on appelait alors un cabanier ou huttier, d'ailleurs sur la carte de CASSINI, le village ne porte pas encore de nom, juste la désignation "Hutes"...



Pour avoir le temps de te parler un peu avant l’arrivée de ton notaire et des 4 témoins, je frappe à la porte et de ta voix maladive tu m'invites à entrer …

Là, je te trouve couchée dans ton lit situé à l’angle nord-ouest de l’unique pièce de vie de ta maison, malgré tes souffrances physiques,  je ne sais de quels maux tu souffres, tu as toute ta lucidité, dans ton patois tu me présentes ta famille : d’abord  ton mari, François POUVREAU, vaillant cultivateur de 52 ans, puis tes 3 enfants, déjà des jeunes adultes,  François, Marie et Pierre, âgés respectivement de 22, 20 et presque 17 ans, qui sont présents pour te veiller durant ta maladie.



J’ai listé quelques questions à te poser mais … te voyant si faible dans ton lit, je ne veux pas te fatiguer avec mes questions, je préfère te laisser te reposer, reprendre des forces … pourtant si j’osais, la question unique que j’aimerais te poser, vous poser :  « pourquoi ton fils ainé, mon aïeul, prénommé comme son père et comme ton père, fut -il désigné comme un ancien aliéné mental lors de la conscription il y a 2 ans, quels furent les symptômes dans son enfance ou adolescence pour avoir cette désignation ? » … mais non, je n’ose d’autant plus que j’entends déjà des voix à l’extérieur et voilà que l’on frappe à ta porte ...

Alors pour ne pas déranger plus longtemps, je décide d’écourter ce RDV et de m’éclipser, je referme les yeux, de nouveau je compte jusqu’à 10 …

Je me retrouve à mon époque, devant le 14 de la rue de la fontaine.  Malgré ce fugace RDV ancestral je suis heureux de cette entrevue … 

Qu’advient-il de toi Françoise par la suite : quelques heures après notre rencontre et après avoir testée, vers 7 heures du soir, tu t'es éteinte dans ton lit ...